Acte 1. Le jeu

Acte 1. Le jeu

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Note : "Les nuits de Duval" a été écrit dans le cadre d'un Appel à Textes (L'Annuaire du Yaoi) sur le thème de "Un inconnu dans mon lit". J'avoue que c'est la première fois que j'écris aussi crûment (et ça m'a donnée l'idée de l'autre texte à venir)...

oOo

 

Leigh gémit doucement. Sa bouche était pâteuse, ses muscles étaient engourdis et son esprit embrumé. Il ouvrit d'abord un œil puis le second et frémit alors qu'il faisait frais dans la chambre à cause de la fenêtre légèrement ouverte.

« Mais... je suis où ? »

C'était une chambre d'hôtel à n'en pas douter. Plutôt jolie avec ses couleurs chaudes et spacieuse avec ses deux pièces en plus de la salle de bain.

Il déglutit et mâchonna dans le vide pour essayer de tout remettre en place dans sa tête. Ah oui, il était sorti. Sandy l'avait invité à une de ces soirées très sélectes où il fallait porter un masque au milieu d'autres gens aussi peu vêtus que lui.

Au début, il avait un peu hésité. Après tout, ce n'était pas vraiment son genre mais la curiosité avait été la plus forte. Son amie était une habituée. Elle l'avait accompagné dans une boutique spécialisée pour choisir sa tenue – le masque noir d'inspiration vénitienne et un string. Si ce dernier élément l'avait fait rougir, Leigh s'était finalement laissé convaincre.

« De toute façon, tu finiras à poil alors autant ne prendre que l'essentiel ! »

Voilà ce que Sandy avait dit avec un sourire malicieux. Il avait payé le tout et ils étaient allés manger chez lui. Elle lui avait expliqué qu'ils se rendraient chez Duval, un peintre à la mode et amie de la jeune femme. Il avait un grand appartement avec une vue imprenable sur la ville et il ne s'en servait que pour ce genre d'occasion. Le garçon s'était toujours étonné que son amie fréquente ce milieu mais bon, c'était sans doute mieux que lui et ses conquêts ratées.

Sandy lui avait décrit les lieux. Spacieux, plongés dans une ambiance feutrée et laissant deviner les corps enchevêtrés. Le mobilier serait adapté au thème. Si le masque était la seule constante des « Nuits de Duval », le cadre changeait à chaque fois. Leigh avait légèrement tressailli. C'était excitant d'imaginer tout ça.

« Et donc... il y aura des hommes et des femmes ?

- Tout à fait. Tu pourras choisir ton partenaire. Toujours masqué.

- Oui, j'avais compris ce détail.

- Tu verras, les hommes sont généralement à tomber. De vraies sculptures grecques. »

Elle avait dit cela en glissant le bout de sa langue sur sa lèvre supérieure. Il avait légèrement rougi. Ils n'avaient pas vraiment de secrets entre eux mais entrer dans le monde de Sandy l'intimidait quand même.


 

Puis l'heure était arrivée. Ils s'étaient habillés chiquement et Sandy les avait conduit rue Jaurès. Le cœur de Leigh n'avait pas cessé de battre tout le long du trajet. La peur, l'appréhension mais aussi l'excitation et la curiosité se partageaient son corps.

Une femme vêtue d'une robe transparente leur ouvrit la porte. Son masque à dentelles cachait un visage arrondi mais élégant, maquillé avec soin.

« Hé Sandy ! »

Elles s'embrassèrent, un baiser chaud qui fit rougir Leigh. Et leur hôtesse reporta son regard sur lui.

« Hum. Un ami ?

- Première soirée.

- Oh ! Virginia, bienvenue alors.

- Merci.

- Lionel est déjà auprès de ses admirateurs. »

La jeune femme glissa sa main sur son bras et l'invita à entrer. Sandy l'entraîna dans ce qui ressemblait à des vestiaires et ils se déshabillèrent. Leigh se sentit d'un coup encore plus intimidé et son amie rit doucement avant de le pousser d'une pression entre les omoplates. Ils passèrent un rideau noir et ils furent de suite plongé dans l'ambiance.

Leigh fut saisi par les odeurs. Épicées et sucrées à la fois. Il y avait une légère musique de fond, juste pour habiller. La lumière était basse, tamisée et donnait, à l'endroit et aux corps, un côté encore plus érotique.

Il frémit quand une femme aux seins lourds le frôla. Il voulut suivre Sandy mais il s'aperçut avec horreur qu'elle n'était déjà plus là. Il la chercha du regard et ne la trouva pas. Son cœur se mit à battre, presque de panique. Un autre corps le toucha et il se tendit, nerveux. Il avait besoin de se désaltérer.

Avec précaution et essayant de ne pas tomber sur un groupe en pleine action, il s'aventura jusqu'au buffet où nourriture et boissons étaient présentées. Il attrapa un verre au hasard. C'était frais et sucré, légèrement alcoolisé. Juste ce qu'il lui fallait pour se calmer.

« Leigh, je te présente Lionel Duval, notre hôte ! »

Il sursauta en se tournant vers son amie. Elle était accompagnée d'un homme au physique maigrichon et pale. Il avait les cheveux courts, noirs et en bataille. Lionel était clairement en train de bander et ses yeux bruns le détaillèrent de la tête aux pieds avec un sourire appréciateur.

« Vrai roux ?

- O-Oui.

- Délicieux. »

Sandy éclata de rire en posant une main sur l'épaule de son ami pour le rassurer. Elle déposa un baiser sur sa joue et il se sentit plus à l'aise.

« Sandy me disait que c'était votre première soirée ! J'espère que vous apprécierez. Nous avons... de beaux invités. »

Il avait dit cela en suivant des yeux deux hommes bien bâtis dont l'un d'eux avait une laisse autour du cou. Leigh rougit encore plus.

« On a installé une pièce spéciale ce soir pour les aventureux, laissa tomber Lionel. Ça vous tenterait ?

- Je euh... pas maintenant, s'excusa poliment Leigh. »

L'hôte rit à son tour et les laissa non sans glisser un coup d’œil au corps du rouquin.

« Tu lui plais, souffla Sandy à son oreille. Enfin t'es un canon donc c'est normal !

- C'est... je ne m'attendais pas à tout ça.

- C'est une partouze... enfin disons le plus poétiquement une orgie. Profite de la soirée, chéri, mais attention !

- Quoi ? s'étonna Leigh.

- Sors toujours couvert, répondit Sandy en lui glissant deux préservatifs dans le sting. »

Le jeune homme leva les yeux au ciel mais sourit. Elle avait raison. Il voulait bien s'amuser mais pas sans risque. Après tout, il ne connaissait personne ici. Il remit son masque correctement, laissa les deux carrés de plastique à leur place – non pas qu'il doutait en trouver partout ici, on ne voyait que ça dans les énormes coupelles, comme des bonbons – et essaya de découvrir son nouvel univers.

S'il s'était senti intimidé au début de découvrir des corps enchevêtrés avec fièvre les uns aux autres. Mais il apprécia la chose après quelques verres. La musique et les odeurs aidaient également beaucoup. Il avait même eu envie quand il avait aperçu sous une lumière basse un homme se faire monter par un autre. Le spectacle avait été... il avait eu l'impression d'être un voyeur mais c'était beau. Les courbes des deux hommes, leurs membres virils, les râles rauques, tout.

Puis il avait commencé à toucher aussi. Maladroitement d'abord. Il avait jeté son dévolu sur un homme au corps musculeux et immobile telle une statue de pierres. Une femme était occupée à lui faire une fellation alors Leigh s'était contenté de toucher, de faire glisser sa main sur la peau satinée et sombre. Cela l'avait électrisé et excité. Le regard de l'homme s'était posé sur lui et il avait rougi, soudain grisé par son audace.

Et un autre mâle accapara son attention. Il avait l'impression d'être dans un musée où il fallait détailler chaque œuvre. Le nouveau avait un corps plus maigre. Enfin plutôt sec de muscles mais tout aussi appétissant. Il avait alors osé lécher la peau, mordiller les tétons durs et dressés. Sa main avait découvert chaque parcelle de peau jusqu'au membre généreux qui se dressait fièrement. Leigh commença à se sentir ivre de ces sensations nouvelles surtout quand un homme vint dans son dos et posa ses mains sur lui.

Il n'avait plus peur et un rire passa ses lèvres tandis que l'inconnu embrassait son corps. Leigh attrapa un des préservatifs et le déroula sur le pénis de l'homme-statue. Il se mit à le lécher et le découvrir. Il gémit quand le type derrière lui fit glisser son string devenu étroit. Quelque chose de froid pressa contre son intimité et il ferma les yeux, la bouche pleine. On le préparait. Et il se laissa faire, emporter par les sensations jusqu'à gémir quand on s'insinua en lui. Il relâcha la chair turgescente et respira lourdement, accroché aux hanches de l'homme immobile – qui méritait tout son respect pour ne pas bouger.

« Nnnh ! »

Il se tendit davantage et baissa les yeux en découvrant qu'une femme venait de l'équiper avant de prendre son membre en bouche. C'était juste trop bon. L'homme derrière lui, celui devant lui à qui il offrait de nouvelles attentions et cette femme. Et puis tout s'arrêta d'un coup. Ses amant s'écartèrent alors qu'un claquement de doigt résonnait dans la pièce où ils étaient. Leigh se retrouva chancelant et hébété. Il prit appuie contre le mur et releva les yeux sur l'homme qui avançait vers lui. Magnifique. C'était le seul mot qui venait à son esprit perdu dans le plaisir. Et ce fut aussi la seule chose dont il se souvint de manière précise en dehors des scènes obscènes qui revenaient à son esprit. Ça et des yeux d'un vert envoûtant.

Il se redressa et découvrit un masque noir posé sur la table de chevet. Il y avait un petit carré de papier avec.

« A une prochaine fois, joli cœur. »

C'était écrit à la main. Des lignes élégantes et distinguées. Il se laissa retomber dans les oreilles et tourna la tête, inspirant l'odeur d'after-shave qui en sortait. Il avait passé la plus torride des nuits depuis sa séparation d'avec ce connard de Peter. Non, il n'avait jamais connu ça même avec ce prétentieux !

Il sourit et ferma les yeux. Si les femmes de chambre n'étaient pas encore venues, il pouvait bien encore se reposer ? Après tout, il était en vacances pour cinq jours.


 

oOo


 

« Ben alors, t'étais passé où ? lui demanda Sandy en s'asseyant en face de lui.

- Si tu savais... »

Un sourire coquin et un regard brillant appuyèrent ses mots.

« Oh toi. Toi, tu as passé une nuit de folie après la soirée ! »

Leigh secoua la tête en rougissant avant de la laisser tomber sur la table.

« Je sais pas qui c'était mais... putain, j'ai jamais eu autant d'orgasme et quel orgasme...

- Petit chanceux, va ! Raconte-moi.

- Nooon ! Enfin, juste que c'était le pied, j'ai mis une heure avant de sortir de la chambre le lendemain. Je tenais toujours pas bien sur mes jambes. »

Sandy gloussa et lui ébouriffa les cheveux avec tendresse. Il releva les yeux sur elle.

« Tu veux venir à la prochaine ? demanda-t-elle avec amusement.

- Oui, non... je reprends le travail lundi et...

- Et quoi ? Samedi soir en huit. Masque et petite tenue. Quoi ? »

Leigh rougit encore plus.

« Heureusement qu'il y avait un room-service.

- Pourquoi ?

- Parce que sinon je serai rentré chez moi à poil... sans string ni rien. Nu comme le premier jour de ma naissance. »

Sandy ouvrit de grands yeux avant d'exploser de rire. Ils furent interrompus par le serveur qui vint prendre leurs commandes et Leigh reprit son attitude de gars normal. Ils mangèrent tranquillement et il finit par accepter de l'accompagner à la prochaine soirée. Après tout, son inconnu y sera peut-être. Ou pas ? Et cela avait quelque chose d'excitant.

Ils firent ensuite les boutiques. Sandy avait besoin de refaire sa garde-robe avec l'hiver qui approchait.

« Je sais que tu n'aimes pas en parler mais j'ai croisé Peter au supermarché.

- Et ?

- Oh rien, toujours le même connard, lâcha la jeune femme en triant les pulls devant elle. Il était avec un petit minet au QI d'huître. Désolant.

- Il aime bien les huîtres...

- Oh arrête, t'es loin d'en être une, l'engueula-t-elle en lui jetant un vêtement à la figure. Bon, t'as un cœur d’artichaut mais ça s'arrête là alors tu vas arrêter de te dévaloriser. »

Leigh rentra la tête entre ses épaules et sourit à son amie comme un gosse pris en faute. Elle leva les yeux au ciel et lui donna une tape sur la tête.

« En tout cas, je suis contente que tu m'accompagnes, annonça-t-elle avec entrain. Ça te fait du bien et te fait penser à autre chose. Ça m'avait manqué ce genre de sortie shopping.

- Oui, à moi aussi, répondit-il en lui attrapant le bras en croisant un groupe de garçons.

- Et comme toujours, c'est ton cul que les mecs reluquent !

- Mais arrête avec ça ! s'écria-t-il presque outré en plaquant sa main libre sur ses fesses. »

Sandy l'embrassa sur la joue en signe de paix et ils reprirent leur chemin.

L'après-midi passa agréablement même lorsque le serveur du café tenta de lui faire du charme. Sandy rit à gorge déployée et le pauvre garçon s'en retourna dans sa salle avec un air de chien battu. Leigh le regarda avec compassion.

Il déposa Sandy en bas de chez elle, leurs nombreux paquets sous les bras. La jeune femme sourit et lui caressa doucement la joue.

« Fais attention à toi, mon petit cœur.

- Pourquoi ? Tu penses que je vais me faire violer en rentrant à la maison ? rit Leigh.

- Non, parce que tu es un peu benêt quand tu t'y mets même si depuis quelques temps, je trouve que tu t'améliores.

- Espèce d'ingrate. Fausse amie !

- Toujours avec toi ! »

Ils rirent et Leigh embrassa sa meilleure amie avant de rentrer chez lui à quelques rues de là. Il vivait dans un immeuble de trois étages, dans un appartement trois pièces au second étage. Cela faisait cinq ans maintenant et il n'avait aucun souci avec ses voisins et surtout pas avec madame Jugnot qui vivait sur le même palier. Une adorable petite mamie qui venait lui apporter des confitures quand ses enfants ne partaient pas avec tous les pots.

Il la croisa d'ailleurs en train de revenir de la balade avec son jack russell. L'animal se rua à ses pieds et tendit les pattes avant sur ses cuisses pour avoir une caresse dans un jappement heureux.

« Hé Sticks, ça va mon pote ?

- Sticks, arrête d'embêter Leigh. »

Agnès Jugnot s'approcha de lui et l'embrassa sur la joue.

« Mon petit Leigh, alors on est allé faire du shopping ?

- Oui, Sandy avait besoin de tenues alors j'en ai profité. »

Sticks sautilla autour d'eux alors que le jeune homme leur ouvrait la porte.

« C'est bien de sortir avec ses amis, continua Agnès en appuyant sur le bouton de l’ascenseur. Muriel va m'accompagner demain, nous allons aux grandes galeries.

- Ben alors, madame Jugnot, vous allez faire des folies ?

- Oh Leigh, tu es taquin. »

Elle éclata d'un doux rire et il la suivit. Ils arrivèrent bien vite à leur étage.

« Allez, Sticks, viens ici ! Leigh, bonne soirée.

- Bonne soirée, madame Jugnot ! »

La petite dame attrapa son chien et rentra chez elle. Leigh fit pareil et déposa tous ses sacs sur la table du salon. Il alluma et se laissa tomber sur le canapé. Il n'y avait aucun bruit dans son appartement. Il y a encore sept mois, quand il rentrait, Peter était toujours là avant lui à préparer le repas. Mais ce salop l'avait trompé avec le caissier de la supérette en bas de chez lui. Leigh les avait trouvé au pieu, en pleine action. « La bite de ce connard dans le cul de ce minet à deux balles » avait craché Sandy quand il s'était réfugié chez elle pour pleurer.

Il poussa un profond soupir et tourna les yeux sur ses sacs. Dans le lot, il y avait un boxer en soie, noir et classe, qu'il avait acheté pour samedi. Le peu vêtu et le masque. Il sourit en se demandant si son inconnu serait là. Il l'espérait. Il se souvenait un peu de ce qu'ils avaient fait. L'homme n'avait pas retiré son masque mais Leigh avait senti son regard sur lui, vert, perçant, excitant. Il avait les mains larges, puissantes et parfaitement manucurées, sans doute un homme important ? Et ses cheveux châtains, bien brossés qui s'étaient petit à petit décoiffés sous l'effort. Le toucher délicat de ses doigts, de ses lèvres et sa langue sur sa peau, pour sûr que ce type savait y faire. Il l'avait fait s'enflammer en un rien de temps.

Un long frisson lui remonta dans le corps et il se surprit à bander rien qu'à ce souvenir. Il rougit vivement et se pencha en avant, les mains sur les genoux. Impossible qu'il s'excite pour ça ?

« Oh et puis merde, je vais pas me faire de mal ! »

Il se leva pour aller chercher le lubrifiant dans la chambre et revint devant la télévision. Il l'alluma juste pour avoir un fond en mettant une chaîne musicale. Il retira son pantalon et se laissa retomber sur le canapé avant de glisser ses doigts sous son tee-shirt. Il ferma les yeux et tenta de se rappeler de ce moment. Ces moments plutôt. Petit à petit, son souffle se fit lourd et il sourit. Son autre main se glissa entre ses cuisses, sous le boxer et commença son travail.

Une fois dur et excité, il attrapa les rebords de son sous-vêtement et le fit glisser sous ses fesses. Il chopa le lubrifiant et s'en mit généreusement sur les mains, les frictionnant avant d'attraper son membre. Il entama un va et vient ample et resserra parfois ses doigts pour plus de sensations. Il écarta un peu les cuisses et se stimula les bourses. Il poussa un râle de plaisir, rejetant la tête en arrière sur le dossier du canapé.

Le type l'avait touché là, juste comme ça en faisant remonter et glisser le prépuce, puis avec ses doigts sur ses testicules.

« Oh merde ! »

Le gémissement résonna dans la pièce et il accéléra le mouvement de sa main sur sa hampe. Il allait falloir qu'il se renseigne davantage sur les zones sensibles et les techniques de stimulation parce que là, juste de mémoire, c'était pas possible. Et acheter un sextoy de bonne taille.

« Nh... »

Et pourquoi pas un poster avec juste une paire d'yeux vert émeraude, sous un masque noir ? Ça l'exciterait encore plus. Il souleva légèrement les hanches et contracta les fesses. L'inconnu avait fait quoi déjà ? Ah oui, il avait serré fort ici, le tiraillant d'un plaisir contenu.

Son souffle était erratique, lourd. Il ouvrit le lubrifiant avec les dents et s'en remit sur sa main libre avant de refermer le flacon. Il stimula sa partie basse et faufila une phalange. Sa main reprit l'ample mouvement sur sa hampe.

Il haleta de plus en plus et ouvrit les yeux. Il frémit quand un mec masqué apparut dans le clip. Il était pas aussi beau et bien foutu que son inconnu mais le masque ferait illusion. Il s'activa plus rapidement, sa main bougeant plus vite, ses phalanges glissant en lui toujours plus loin jusqu'à frôler sa prostate. Ses doigts de pieds se crispèrent sur la moquette et il lâcha prise au grondement dans son corps.

« AH ! »

Il s'arqua sur le canapé, jouissant dans sa main. Le souffle rapide et court. Il retomba dans le moelleux des coussins et un sourire idiot se dessina sur ses lèvres. Il attendit un peu de redescendre et attrapa des mouchoirs pour nettoyer. Décidément, avoir rencontré ce type avait amélioré ses performances solitaires. Ça lui ouvrait de nouveaux horizons s'il finissait seul.


 

oOo


 

La soirée avait été sympa. Pas l'extase de la première mais ça avait été un bon moment. Il avait participé à un truc à plusieurs – et même testé des positions improbables et des techniques surprenantes – mais son bel inconnu ne s'était pas présenté. Ou alors il était tellement occupé qu'il ne l'avait pas vu ? Impossible de rater un tel personnage.

Dans tous les cas, il était reparti en compagnie de Sandy, titubant et riant comme une baleine. Heureusement qu'ils avaient prévu le taxi pour cette nuit sinon ils se seraient contentés de dormir dans la voiture. Bien sûr, la jeune femme avait insisté pour qu'il dorme chez elle.

« Hé, mon beau, ça va ? »

Elle se glissa dans les draps du lit, se rapprochant de Leigh dont la tête était un orchestre symphonique à elle-seule.

« Trop bu... trop baisé... trop bu. »

Elle rit doucement et posa la serviette humide qu'elle avait dans les mains, sur son front. Elle lui embrassa la tempe et sourit.

« J'ai vu ça oui, souffla-t-elle dans un murmure. Et c'était bon ?

- Ouais... mais l'était pas là.

- Qui ? Le beau mâle aux yeux verts ?

- Hm. 'était bon... mais l'ex-extase ! »

Elle ne put s'empêcher de rire à son air grognon. Elle lui lissa ses cheveux roux.

« Allez, bois un peu et dors. »

Elle déposa un autre baiser sur l'épaule du garçon et s'allongea correctement. Ils avaient déjà dormi dans le même lit. De nombreuses fois depuis leur adolescence. Elle sourit en se rappelant ces moments-là. C'était l'époque où il s'était rendu compte de son homosexualité. Ça l'avait fait flipper parce que son père était du genre à « casser du pédé » gratuitement. D'ailleurs, le vieux l'avait foutu dehors en le tirant le col de sa chemise. C'était sa mère, Gladys, qui avait réussi à temporiser ça. Elle l'avait d'abord discrètement aider à trouver un logement parce que Sandy ne pourrait pas l'héberger indéfiniment – c'est là qu'ils avaient le plus dormi ensemble. Chaque mois, elle lui avait donné un peu d'argent pour payer le loyer. Elle se moquait des heures supplémentaires, c'était pour aider son fils. Puis quand Leigh avait fini la fac, avec un boulot à côté, elle avait été très fière d'elle : elle avait réussi à traîner son mari à la remise des diplômes. Le vieux avait été bougon et peu enthousiaste de voir son fils avec son joli chapeau aux bras d'un autre gars. Gars qui s'était effacé dès que Sandy le lui avait demandé pour éviter les soucis avec le paternel. Sandy avait toujours de bonnes idées et ça avait fonctionné parce que le vieux avait félicité son fils. Bon, Gladys l'avait un peu poussé mais ce n'était pas grave parce que Leigh s'était senti heureux. Maintenant, quand il le pouvait, le jeune homme rentrait chez ses parents manger un bout. Sandy l'accompagnait des fois.

Elle sourit et ferma les yeux. Elle aussi avait besoin de dormir. Demain, c'était dimanche, ils pourraient se remettre de leurs émotions surtout que lundi allait être une grosse journée... mais elle s'endormit avec le sourire : elle appréciait partager sa vie nocturne avec son meilleur ami. Cela lui faisait du bien après les déceptions. Les coups d'un soir dans un endroit fermé pouvaient être bien parfois. Et avec Leigh, ça fonctionnait.


 

oOo


 

La semaine avait été harassante pour Leigh. Le directeur d'exploitation et le DRH étaient venus au magasin faire une visite de routine. Enfin... officiellement. Officieusement, il était là pour voir comment se comporter les cinq chefs de secteur.

Leigh – en tant qu'adjoint – avait entendu parler de mauvais comportements voire de harcèlements envers certains employés et ces derniers s'étaient plein à la RH. Donc tout le monde était à cran. Il fallait que tout soit nickel. Les inventaires réalisés, les flux financiers en ordre, les contrôles de sécurité tamponnés, datés, signés, les stocks propres et ordonnés. Bref, du gros léchage de fesses où les chefs s'étaient montrés éhontément hypocrites et débordant de sollicitude.

Alors quand Sandy lui avait à nouveau proposer une soirée Duval, Leigh avait sauté sur l'occasion. C'était ses seules sorties et une bonne baise même à plusieurs le détendrait. Oh bien sûr, parfois, il s'était encore tripoté en pensant au Beau-mâle et il s'était renseigné sur les pratiques solitaires et les gadgets. D'ailleurs, le nouveau godemichet avec option vibreur, de taille généreuse, qu'il avait acheté était juste parfait mais cela ne se comparait pas à la réalité de corps musculeux qui le touchaient et le prenaient avec fougue.

Et il avait eu raison de venir. Lionel était un hôte des plus agréables et ses soirées toujours exquises. La dernière cuite l'avait mis KO pour toute une journée. Il était en train de chevaucher un homme à la peau sombre quand un long frisson remonta dans son dos, suivant le tracé d'un doigt taquin. Il s'ébroua et leva les yeux sur le gêneur. Un immense sourire se dessina sur ses lèvres quand il le reconnut.

Ce soir, Leigh avait décidé de ne pas trop boire mais il était tout juste guilleret. Alors il retira le membre en lui, marcha à quatre pattes par-dessus celui qui fut son amant et rampa presque jusqu'aux pieds de l'homme. Ce dernier s'était réinstallé sur le grand fauteuil et sourit en le voyant.

« Salut, joli cœur.

- Salut ! »

Leigh se hissa en prenant appui sur les cuisses de celui qu'il désirait et l'embrassa. Les masques ne les gênèrent en aucune façon. Il gémit quand l'homme glissa sa langue dans sa bouche, crispant les doigts sur la peau blanche sous ses mains. Le baiser prit un tournant plus passionné et Leigh hoqueta quand il sentit sa main brûlante sur son membre. En quelques coups de main, il le fit jouir, buvant son gémissement entre ses lèvres.

« Je t'ai cherché la dernière fois, avoua Leigh en glissant ses bras autour de son cou.

- Ah oui ?

- Hum. »

Le jeune homme rit doucement et se pressa contre lui. Il avait le souffle court et la peau sensible de l'orgasme.

« Désolé, réunion importante.

- Je le savais !

- De quoi ? »

Les mains de l'homme glissèrent sur ses fesses et Leigh frémit d'anticipation.

« Que tu avais un poste important.

- Oh ? Et comment tu peux savoir ça ? »

Leigh attrapa une des mains baladeuses et prit un des doigts entre ses lèvres. Bon dieu, ces soirées le désinhibaient complètement. Il s'était vraiment découvert sexuellement parlant et ça lui plaisait.

« Des mains aussi belles et manucurées, ce n'est que pour les mecs haut placés !

- Hum. Pas bête, mon cher Watson ! »

Ils rirent tous les deux alors que Leigh souriait.

« J'ai envie de toi, avoua-t-il. Ici, là-bas, partout. »

L'homme arqua un sourcil surpris mais il fut bien vite remplacé par une lueur intéressée dans le regard.

« Et si j'avais envie d'un autre que toi ? C'est pas les petits lots qui manquent ici.

- Eh bien je t'enchaînerai, t'attacherai, te bâillonnerai et je te chevaucherai.

- Tout ça ?

- Oui. Tout ça.

- J'aime bien les gens ambitieux. »

Le type lui mordit le bout du nez et cela le fit rire. Ils commencèrent dans cette salle et Leigh se laissa aller à l'étreinte un peu brutale mais délicieuse. Puis ils changèrent pour la pièce rouge, avec ses coussins au sol, éparpillés partout. Et dans la bleue sur le carrelage froid où il manqua de pleurer tellement ce fut fort. Il en oublia le compte... et il se réveilla dans la même chambre, avec le même petit mot près du masque noir.

Un étrange sentiment l'envahit alors qu'il plongeait le nez dans le coussin où son amant avait dormi. Et si ce type le rencontrait en vrai, est-ce qu'il le baiserait de la même manière ? Les masques et l'ambiance feutrée des nuits de Duval apportaient quelque chose de plus, d'unique, comme un instant éphémère qu'il fallait capturer. Et si ce gars le jetait la prochaine fois qu'ils se rencontreraient ? Est-ce Leigh le prendrait bien ? Il adorait le sexe avec ce partenaire et il n'en voulait pas d'autres. Les types avec qui il s'accoquinait à la soirée n'étaient juste là que pour l'échauffement. Pour être prêt quand le Bel-homme arriverait et s’installerait sur son fauteuil tel un roi.

Il étouffa un sanglot en serrant le drap sous lui. Merde, il était accroc. Et seulement deux rencontres, il s'était entiché de lui. Et il ne savait même pas comment il s'appelait. Il n'avait pas demandé son prénom à l'inconnu dans son lit. Enfin le lit de l'hôtel de luxe mais c'était pareil ! Il se laissa retomber dans les coussins et attendit que ça passe. Sandy allait l'engueuler...

Et ça ne manqua pas quand il la retrouva pour leur déjeuner hebdomadaire au café du coin...

« Quoi ? Non... Nooon Leigh.

- Tu crois que je le fais exprès ? Et que ça m'amuse ? grogna-t-il.

- Des fois je me le demande. »

Elle le regardait avec une expression mauvaise. Pas autant que quand elle insultait Peter mais quand même un petit peu.

« Leigh, mon beau, tu ne sais même pas qui s'est !

- Je pourrais demander à Lionel ?

- Ouais genre il va te filer le nom de ses invités ! s'emporta la jeune femme. Hé, s'ils portent des masques, c'est pour une raison.

- Comme si on ne pouvait pas reconnaître un type qui porte un masque.

- On parie ?

- Sandy...

- Batman !

- Quoi Batman... ? s'étonna Leigh en répétant le nom du super-héros.

- Tu aurais reconnu, toi, que c'était Bruce Wayne ? »

Il ouvrit la bouche. La referma.

« Ça ne veut rien dire. Surtout qu'il porte une tenue spéciale.

- C'est vrai qu'un mec à poil masqué, ça diffère...

- Tu me fais chier. »

Leigh s'enfonça dans sa chaise, croisant les bras, une moue boudeuse sur le visage. Il entendit Sandy soupirer et un silence gênant s'installa entre eux. Le serveur arriva et hésita à prendre les commandes mais cela semblait avoir brisé la glace.

« Leigh, je veux juste pas que tu t'écroules encore une fois...

- C'est juste un plan cul. Un-putain-de-plan-cul... »

Ce fut à son tour à elle de jouer les poissons morts et elle finit par secouer la tête en riant.

« Putain pourquoi les bons coups sont tous pédés, hein ?

- Hé ! se vexa Leigh avant de rire à son tour. Va savoir, un mec, c'est peut-être moins chipoteur qu'une nana ? »

Il se cacha le visage quand Sandy lui envoya une bille de mie de pain.

« Bon, et ce ciné ? Toujours partant pour un film d'espion ?

- Au pire, je materai le héros, répondit avec amusement Leigh.

- Bonne réponse ! »


 

oOo


 

C'était samedi et il allait y avoir du changement.

C'était samedi et ce soir, il aurait une soirée avec Sandy chez Duval comme presque toutes les semaines depuis un peu plus d'un mois. Mais pour le moment, il était avec les autres au centre du magasin.

« Et donc, monsieur Crawford nous quitte pour une place aux services centraux, annonça le DRH en tournant son feuillet. Monsieur Ligier devient chef secteur Homme et madame Grett passera à Enfants. Le reste ne change pas. »

Leigh évita de pousser un soupir et continua de fixer la TG avec les nouveaux boxers. Ce genre de réunion sur les mutations et changement de chefs l'ennuyait. Il en avait connu des dizaines. Des centaines. Il bossait ici depuis cinq ans et il en avait vu passer du monde. Il faisait partie des rares piliers de l'équipe et puis tout le monde l'appréciait.

« Je laisse la parole à mon confrère, monsieur O'hara Philippe, directeur commercial.

- Merci, Ned. »

Leigh releva la tête et un frisson parcourut son corps. Cette voix... Il posa les yeux sur l'homme qui avait la parole. C'était impossible. Une bonne blague ? La même voix, des cheveux châtains, un corps d'athlète sous une chemise blanche. Et ces yeux. Même de là où il était, Leigh pouvait jurer qu'ils étaient verts.

Il n'écouta pas le discours sur la nouvelle politique de la boîte. Il lirait le contre-rendu et les mails. C'était son homme. Celui qui le faisait grimper aux rideaux dans des parties de sexe torrides. Il déglutit et oublia de respirer. Surtout quand Nancy, vendeuse rayon chemises hommes, posa une question. Là, Leigh se tendit nerveusement. Le directeur ne sembla pas le reconnaître pourtant le jeune rouquin était sûr et certain qu'il l'avait vu.

La réunion se termina et Leigh ne réussit pas à trouver de moment pour aborder O'hara. Et en même temps, qu'est-ce qu'il pourrait lui dire ? « Hé salut, c'est moi le rouquin que tu baises comme un dieu dans ces soirées orgiaques ! Ça va ? ». Il se pinça l'arête du nez. Ce n'était clairement pas une bonne idée. Il devrait attendre la prochaine soirée, en espérant que le gars reviendrait...

Nancy n'arrêtait pas de bavasser sur ce charmant directeur commercial qui allait rester trois jours avec eux à partir de lundi pour tout réimplanter.

« Tr-trois jours ? Mais pourquoi ?

- Pour revoir tout le merch', souffla Anthony en levant sa fourchette.

- Mais il est bien notre merch' ! On a nos zones chaudes avec les bons produits.

- Je sais mais apparemment, il a testé un nouveau concept à Part-dieu et ça marche fort ! »

Leigh se tendit nerveusement. C'était peut-être une chance de lui parler mais, en même temps, s'il se plantait, il risquait sa place.

Il croisa plusieurs fois O'hara mais toujours accompagné d'un chef de secteur. Il n'y avait eu aucun regard suspicieux, aucun geste déplacé. Rien.

Pourtant, en milieu d'après-midi, il lui serra même la main quand il s'intéressa au rayon sous-vêtement homme. O'hara lui expliqua en tout professionnalisme comment mettre en avant un boxer sans que ça fasse ou étalage de fruits et légumes ou sex shop. Et Leigh fut impressionné. Ce type était juste un génie, parce qu'il avait raison sur leur plan merch'. Et pourtant, encore une fois, il n'y eu aucun signe qu'il l'avait reconnu. C'était frustrant ! Surtout que sa voix l'avait autant envoûtée que lors des soirées. Et ses yeux verts – parce que vu de près, oui, ils étaient verts, magnifiques comme ceux de son inconnu masqué – ensorcelants. Bon, Leigh était un professionnel et il avait écouté religieusement en donnant son avis. Ils avaient échangé sans que ça dégénère en « Prends-moi contre ce mannequin, on s'en fout ! ». Surtout que Nancy s'était incrustée dans la conversation. O'hara était également galant et agréable. Une main de fer dans un gant de velours.

Il y eut une ouverture pour Leigh. Dans les toilettes... les wc...

Il était en train de vider sa vessie quand la porte s'ouvrit. Par habitude, il leva les yeux et se tendit nerveusement. O'hara venait d'entrer. Il avait les manches relevées. Pour un DC (Directeur Commercial), il mettait la main à la pâte bien plus qu'un chef de secteur. Bien sûr, il s'installa à côté de lui, exhibant en partie son membre sur lequel il évita de regarder.

Leigh sentit son cœur battre plus vite et de délicieux frissons glissèrent sur sa peau. Si O'hara était bien son homme, est-ce qu'il le lui ferait savoir par une partie de jambes en l'air dans un des toilettes ? A même le mur de cloison ? Comme des bêtes ?

Il se rhabilla et tira la chasse d'eau. Puis il marcha lentement jusqu'aux lavabos et se lava les mains. Il faisait mousser le savon quand O'hara l'imita à côté. Il jeta un coup d’œil. Il ne risquait rien à faire un compliment ?

« Vous avez de belles mains. Ça se voit que vous êtes un homme important. »

Redire ces mêmes mots qu'il avait prononcé lors de leur dernière rencontre. Son pouls s'accéléra et il sentit ses joues chauffer.

Un rire étouffé lui répondit avant que O'hara n'ouvre la bouche.

« Et vous le savez comment ? demanda le DC en regardant ses mains.

- Elles sont belles et bien manucurées. Il n'y a que les hommes bien placés qui ont de si jolies mains. »

O'hara rit carrément. Ce rire. C'était lui. Il frémit en le sentant se pencher sur son oreille.

« Pas bête, mon cher Watson ! »

Il sentit une bouffée de chaleur remonter en lui tandis que le DC l'abandonnait à ses émois de pucelle. Il entendit la porte claquée et il laissa filer son souffle qu'il n'avait pas remarqué avoir bloqué.

Il rejeta sa tête lentement en arrière et inspira longuement. Un sourire ourla ses lèvres.

« Putain... »

Il desserra les poings et finit par se mouiller le visage pour se remettre de ses émotions.

« Allez Leigh, ressaisis-toi, la journée est presque finie... »

Il se tapa les joues, se rhabilla correctement et reprit le travail. Il ne croisa pas O'hara par la suite mais l'appréhension et l'excitation ne le quittaient plus. C'était vendredi, les clients étaient aux caisses, nombreux mais pas tant afin que les employés puissent préparer leur future installation. Et Leigh n'était pas en reste à courir de partout.


 

Et le soir arriva trop lentement à son goût.

« Ton directeur commercial, t'es sérieux ? demanda Sandy alors qu'ils étaient dans l'ascenseur.

- Certain ! Je sais pas si c'est bien ou pas...

- Ben écoute, tu verras ce soir. S'il est là, c'est que tu lui plais au moins pour ton cul, s'il est pas là, c'est qu'il ne veut rien avoir à faire avec toi ! »

Il soupira.

Ils firent la bise à Virginia et ils se changèrent. Ce soir, il portait le string de leur rencontre. Lionel avait demandé un peu de chic alors il avait assorti le tout d'un joli collier de cristal coloré en vert. Le bijou s'étalait sur son torse et était assorti à son roux flanboyant.

« Tu vas te faire tripoter par tous les mecs. Tous. Les. Mecs.

- Je n'en veux qu'un !

- Tu sais que c'est une orgie, hein ? Pas un club de rencontre...

- Oui. Mais je m'en moque. »

Il lui offrit un sourire ravageur avant de la laisser, marchant avec lenteur, se déhanchant et évoluant entre les corps. Il glissa la main sur le dos d'un homme qui plongeait dans un autre avec ardeur. Il erra dans les différentes salles. Le siège de roi était vide. Son cœur se serra et son ventre se noua.

Il n'y avait pas d'horloge dans l'appartement de Duval. Le temps semblait couler lentement alors que ce n'était pas le cas. Pourtant ce soir, chaque seconde lui semblait une éternité.

Plusieurs personnes l'approchèrent, il essaya de se laisser aller mais non, il ne se sentait pas en osmose avec l'ambiance érotique du soir. Il s'isola dans un coin, près de la grande baie vitrée. Des hommes étaient venus le trouver, glissant leurs mains sur son corps, leurs lèvres dans son cou mais il n'avait pas envie. Il les avait repoussés.

Un énième se présenta, remontant son doigt le long de sa colonne vertébrale. Ce qui lui tira un frisson. La main lourde se posa sur sa nuque et la massa. Leigh eut un mouvement de recul pour s'en débarrasser.

« J'ai pas envie, lâcha-t-il grognon.

- Oh ? Pourtant, j'ai très envie de ravager ce corps de multiples façons. »

Leigh tourna la tête avec hésitation. O'hara était là, son masque sur le visage, un simple collier en cuir autour du cou. Le roux frémit en le sentant poser ses mains sur ses hanches.

« Tu es en retard et ton siège est vide et froid.

- Réunion tardive. Tu sais ce que c'est ! »

Leigh frémit quand O'hara mordilla le haut de son oreille.

« Hum. C'est ça quand on refait tout le merch' d'un magasin, murmura-t-il d'une voix lourde.

- C'est pour mettre mieux en valeur les sous-vêtements hommes.

- C'est vrai. C'est un produit important pour notre firme. »

Leigh sentait son torse se comprimer, son souffle se faire court.

« Hn ! »

O'hara embrassa son cou, mordillant la chair, la suçant et la léchant tandis que les mains faisaient glisser son string le long de ses cuisses.

« Tes mains...

- Oui ?

- Je les adore. »

Leigh tourna la tête et ils échangèrent un long baiser. Brûlant. Délicieux. Gourmand.

« J'ai envie de toi. J'ai eu envie de toi toute la journée !

- Je sais.

- J'ai même eu envie que tu me baises dans les toilettes.

- J'y ai pensé mais... ce n'est pas vraiment convenable. »

Leigh sourit, amusé, avant de se tendre quand O'hara glissa un doigt en lui.

« Non...

- Non ?

- Mets le préservatif et prends-moi. »

Un rire chaud lui répondit et le doigt bougea lentement en lui. Leigh émit à nouveau une plainte. Son membre s'était réveillé et il sentait celui de son DC contre lui.

« Philippe... s'il te plaît ! »

La demande avait été à peine murmurée mais le directeur l'entendit. Entendre son prénom dans ce lieu anonyme le fit trembler.

Leigh sentit les mains le quitter et il entendit à peine le bruit du plastique que l'on ouvre. Quelque chose de dur se présenta contre lui et il posa les mains sur la vitre, écartant légèrement les jambes. Il se pencha un peu et poussa un long râle quand le membre s'enfonça en lui. Philippe attrapa à nouveau ses hanches et le maintient durement tandis qu'il le faisait sien.

« Nnnh... oui. »

Leigh bloqua sa respiration, essayant de se détendre alors qu'il se sentait écartelé. Le membre le quitta avant de revenir plus profondément.

« Aah... »

Ils étaient seuls devant la baie vitrée. Les autres étaient dans les pièces adjacentes. Ce soir, c'était juste eux. Et il sourit quand après de longues secondes qui lui parurent une éternité, Philippe fut en lui, entièrement.

« C'est bon ! laissa-t-il échapper. »

Son amant se pencha sur lui, venant mordiller son cou puis son oreille.

« J'ai envie de toi, murmura Leigh avec empressement. »

Il frémit au souffle chaud de Philippe et lâcha un gémissement au brusque coup de rein qui frappa en lui. Il répéta les mêmes mots avec plein d'indécence et il se laissa prendre.

Le directeur se redressa et se mit à bouger avec plus d'ardeur. Leigh n'était plus qu'une poupée gémissante entre ses mains. Le garçon souriait contre la vitre, la joue contre la plaque froide. C'était bon. C'était fort. Il sentait le membre dur en lui, percutant sa prostate avec acharnement. Et derrière lui, Philippe poussait des râles chauds et délicieux à ses oreilles. Et ça le prit violemment. Brusquement. Sans même qu'il se touche. Il poussa un cri muet et se répandit contre la vitre.

Ses jambes se dérobèrent sous lui et, heureusement, Philippe le rattrapa en le plaquant contre lui. Leigh pouvait sentir le cœur du DC contre son dos battre aussi fort que le sien.

« Hé joli cœur, reste avec moi ! »

Philippe riait contre son oreille en l'enfermant entre ses bras.

« Ça te dit qu'on aille ailleurs ?

- Ai-ailleurs ?

- Oui. Toi et moi, dans cette chambre, sans masque. Et avec un petit déjeuné au réveil.

- Hein ?

- Toi. Moi. Chambre. Baiser. Petit déjeuné. »

Leigh releva les yeux sur lui, les pupilles encore dilatées de plaisir mais brillant d'envie. Il resserra ses mains sur celles de son amant et hocha la tête.

« Oui. »

Il ne pensa à rien d'autre qu'à cet homme et à la nuit qu'ils passeraient. Sans masque, sans secret. Peut-être qu'il le regretterait demain. Ou lundi quand il le verrait dans le magasin lors de la réimplantation mais pour le moment, il s'en fichait.

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