Acte 2. La revanche

Acte 2. La revanche

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Note : Voici la seconde partie de cette romance où nous retrouvons Leigh et Philippe dans leur début de vie de couple.

oOo

Un long râle envahit la chambre d'hôtel. S'ensuivirent le bruit de respiration haletante et quelques rires.

Plongés dans la semi-obscurité de la pièce, les deux hommes étaient emmêlés dans les draps du lit et se regardaient avec tendresse et envie.

Philippe tendit la main et retira son préservatif avant de le nouer et de le laisser tomber dans la petite poubelle à côté du lit. Il attrapa ensuite les mouchoirs et se glissa sur le flanc pour nettoyer le ventre souillé de son amant. Ce dernier se mit à rire doucement et glissa les doigts dans les cheveux courts et bruns de son partenaire.

« Tu ne m'as pas dit combien de jours tu restais, souffla Leigh. »

Philippe jeta les papiers et se réinstalla près de son petit ami, sous les draps qui les couvraient jusqu'à la taille.

« Jusqu'à lundi matin, sourit le directeur commercial. Je vais passer les trois prochains jours dans ton magasin pour le remodeling et après je redescends. J'ai encore beaucoup à faire aux services centraux.

- C'est rare de voir un haut gradé mouillé autant la chemise ! s'amusa le jeune homme.

- Pas moi, souffla l'intéressé en lui caressant le bras. J'aime suivre un dossier de A à Z surtout dans un magasin qui a du potentiel !

- En quatre ans, je n'ai rencontré qu'une seule fois le directeur commercial, enfin celui avant toi.

- Hum. J'ai cru comprendre que Gatien Gontrand était plus bureau que terrain, avoua Philippe. C'est dommage de perdre de vue qu'on vient d'en bas.

- Ah ? »

Leigh remonta le coussin sous son dos et regarda son amant avec intérêt. Ils apprenaient à se connaître. Après tout, cela ne faisait qu'un mois – tout juste 4 week-ends – qu'ils s'étaient lancés dans cette relation monogame. Ils n'étaient retournés que deux fois chez Duval. Ils avaient essayé des plans à trois, notamment avec un beau black à la musculature solide, mais ils avaient fini par quitter l'appartement et rejoindre la chambre d'hôtel de Philippe pour terminer la soirée à deux.

Le lendemain, ils avaient décrété que ce genre de soirée n'était finalement pas si importante dans leur relation pour le moment. Ils se suffisaient à eux seuls. Et un mois après, ils étaient toujours là.

« Hé je ne suis pas arrivé directeur commercial du jour au lendemain, se vexa faussement le brun. J'ai seize ans de boîte derrière moi.

- Ah quand même... Tu as commencé où ?

- A la Valette, près de Toulon. J'étais simple vendeur rayon Bébé, sourit Philippe. C'était le troisième magasin de la maison dans une grande zone commerciale et je faisais parti de l'équipe d'ouverture.

- J'y suis allé en formation il y a deux ans, ce sont des monstres ! Quatre mille mètres carrés de surface.

- Attends de voir celui qu'ils veulent ouvrir à la Défense, souffla Philippe en se penchant vers lui. Cinq mille cinq cent mètres carrés dont le tiers rien que pour les hommes. »

Leigh gloussa et il tressaillit à la main qui venait de se glisser sous le drap pour taquiner sa cuisse.

« T'imagine le nombre de boxers et de caleçons que ça va faire ? s'amusa Leigh avec un sourire enjôleur. »

Philippe se pencha sur lui pour embrasser son torse et jouer avec ses mamelons. Leigh en profita pour caresser la nuque offerte d'une main et de l'autre, il lissait les cheveux bruns. Un soupir passa ses lèvres.

Comme tout vendeur, Leigh n'avait pas vraiment ses week-ends aussi Philippe était-il monté le voir sur Paris à chaque fois. Ils avaient passé beaucoup de temps au lit mais Leigh avait quand même réussi à lui faire visiter un peu la capitale. Il n'avait pas encore osé lui présenter ses parents. Son père avait toujours du mal à accepter son homosexualité... et c'était trop tôt.

« J'ai demandé à être pilote sur l'ouverture aux Quatre Temps, soupira-t-il alors que Philippe mordillait son téton pour le rendre sensible avant de rajouter en riant. A moi, les mille huit cent mètres carrés de slip !

- Tu en as les capacités, souffla le brun en glissant sa main entre les cuisses de son partenaire. Tu aurais même pu postuler pour être chef de secteur !

- Ça ne m'intéresse pas pour le moment... même si je suis classé comme adjoint évolutif CS. »

Leigh se tendit à la caresse indiscrète. Il se mordit la lèvre du bas alors que ses yeux se voilaient de désir. Philippe était vraiment doué pour le faire chavirer.

« Tu-tu viendras pour l'implantation ? »

Son torse se soulevait tout comme son sexe.

« Sûrement. C'est dans deux mois.

- J'ai hâte alors !

- Je compte bien revenir avant quand même. »

Philippe releva la tête et plongea son regard vert dans celui de Leigh. Un sourire malicieux ourla les lèvres du directeur commercial qui souleva le drap pour se cacher dessous. Il écarta les cuisses de son amant et entreprit d'embrasser la peau pale.

« AH ! »

Leigh regarda la tête qui bougeait sous le tissu. Il passa ses mains et caressa les cheveux bruns. Il haleta quand Philippe l'équipa d'un préservatif et se mit à lécher son membre puis à le sucer. Il se laissa aller dans les coussins, s'abandonnant complètement à la bouche experte de son amant.

« Oh c'est bon... »

oOo

Le week-end passa trop vite. Comme à chaque fois. Et Leigh raccompagna son amant à la gare, lundi matin pour le train de 6h34.

Il détestait ce train qui lui prenait son petit-ami. « Petit-ami ». Ils n'avaient jamais vraiment mis de nom sur leur relation, en fait, mais il espérait que Philippe voyait les choses comme lui.

Ils étaient assis au comptoir d'un des cafés de la gare de Lyon. Il y avait du monde malgré l'heure matinale. Beaucoup partaient pour Marseille, Nice, prenaient une correspondance pour le Sud-Ouest ou s'arrêter à Lyon, comme Philippe. Il frôla les doigts de son amant avec un sourire.

« On se revoit dans deux semaines ?

- Oui.

- Tu veux que je descende ? J'ai mon week-end, souffla Leigh en continuant sa caresse discrète.

- Non, je viens, sourit Philippe. J'ai un rendez-vous le mardi matin pour les Quatre Temps.

- Tu resteras lundi aussi ? »

Il y avait un peu d'espoir dans la voix de Leigh. Comme il souhaitait que son amant reste plus longtemps...

« J'ai pris mon repos lundi et je prendrai une chambre à l'hôtel.

- Pourquoi tu ne viendrais pas chez moi ? Tu sais que j'ai un lit deux places ou... un canapé. »

Philippe rit doucement et tendit les doigts pour attraper ceux de Leigh. Le jeune homme aimait ce genre d'attention.

« Tu peux prétexter être hébergé par un ami si les services centraux se posent des questions, osa dire Leigh. »

Il ne comprenait pas pourquoi Philippe refusait de venir chez lui. C'était leur vie privée. Il baissa les yeux sur son café et soupira doucement. Il allait retirer sa main quand Philippe l'attrapa doucement et la porta à ses lèvres.

« D'accord, sourit le cadre.

- Vrai ? s'enthousiasma Leigh, rougissant, avant de se reprendre plus timidement. Vraiment ?

- Oui.

- Je t'amènerai manger quelque part ! Et... »

Il allait dire autre chose quand on annonça le train de son amant. Il fit la moue, attristé par la séparation. Philippe se pencha sur lui et embrassa sa tempe.

« Allez, finis ton café et on va sur le quai. »

Leigh attrapa sa tasse et la vida bien vite avant de se lever. Philippe prit son sac et sa valisette et invita son ami à le suivre, direction la voie 13. Il y avait un peu plus de monde à présent et les deux hommes savaient qu'ils ne pourraient pas échanger un long et langoureux baiser.

Pendant que la plupart des gens montait à bord, Philippe se tourna vers son jeune amant et glissa une main sur sa joue.

« On se revoit dans deux semaines alors.

- Hum. Tu m'appelles ce soir ?

- Promis.

- Et je te tiens au jus pour le réassort des caleçons à élastique large ! sourit Leigh pour se détendre. »

Son amant éclata de rire et se pencha vers lui pour l'embrasser. Un baiser léger mais tendre. Leigh attrapa le revers de la veste du directeur et en serra les plis.

« On se croirait dans un mauvais film d'amour, bouda Leigh. Quand le mec s'en va à la guerre et laisse sa fiancée sur le quai...

- Faut que tu arrêtes la télévision ! se moqua gentiment Philippe. »

Il se mit à rire doucement avant de l'embrasser à nouveau. Ils restèrent sages et discrets.

« Allez file, le contrôleur va venir te chercher sinon !

- A plus, joli cœur ! »

Philippe se recula et lui fit un petit signe avant de s'engouffrer dans la rame. L'agent siffla et le bruit des portes retentit. Elles se refermèrent sur Philippe qui lui offrit un nouveau sourire avant d'aller trouver sa place. Leigh resta debout jusqu'à ce que le train démarre et quitte la gare.

Il poussa un lourd soupir et regarda sa montre : 6h37. Il prenait son poste à 12h30, il avait encore du temps devant lui alors il rentra chez lui pour ranger un peu le désordre de son appartement, faire le ménage et appeler Sandy. Il lui avait promis de lui raconter son week-end. Bon pas tout, le sexe était un sujet qu'il gardait pour lui.

La matinée passa bien vite et il finit par partir plutôt pour aller manger un bout avant de commencer. Il mangeait ici chaque midi depuis quatre ans et il avait vu passer pas mal de serveurs. Seuls les deux cuisiniers étaient les mêmes, les propriétaires et gérants du lieu. Il avait sympathisé avec eux et ils lui offraient souvent un supplément ou un dessert.

Il soupira en mangeant sa salade niçoise sur la terrasse, au soleil. Quatre ans. Il bossait depuis quatre années pour Underground, une entreprise spécialisée dans la mode allant du sous-vêtement à la tenue de soirée. Lui avait commencé au rayon bébé, avec les bodies et les petites chaussettes pour nouveau-né et, après six mois, il était passé au rayon homme. Par envie. Son chef avait bien remarqué la motivation du vendeur dès la première semaine. Pierre Martin l'avait poussé dans ses retranchements et l'avait inclus dans les boucles de beaucoup d'opérations. Puis au bout de deux ans, il l'avait fait passer adjoint quand Sylvie, celle qui occupait le poste, avait quitté la boîte. Il était à ce poste depuis un an et demi et Martin continuait à le mettre en avant. Ils formaient une bonne équipe mais Martin était parti et Sébastien Ligier avait récemment pris sa place. L'ancien chef du secteur Femme avait été mis à ce poste à cause de beaucoup de soucis avec son équipe. Si Leigh avait vu cette mutation interne d'un mauvais œil, il semblait, après un mois, être rassuré : Ligier était un bon chef et semblait bien mieux chez les Hommes. Et il offrait au jeune homme un tremplin énorme pour avancer.

Il sourit à deux collègues du rayon Enfant et au vendeur de chaussures du premier étage de la galerie commerciale. Leigh tourna le fond de jus d'orange dans son gobelet et soupira. Philippe ne reviendrait pas avant deux semaines... deux longues semaines.

Il rangea ses affaires, jeta les papiers dans la poubelle et rejoignit son magasin pour prendre son poste. Il devait vérifier l'implantation de certains produits après le remodeling que le DC leur avait demandé. Il sourit. Ils avaient beaucoup échangé, Philippe et lui, pour mettre en place un rayon Homme d'enfer.

Et la journée débuta. Longue et éreintante mais Ô combien réjouissante pour le jeune homme de vingt-huit ans. Il n'arrêta pas une seconde et même durant sa pause, il compila des informations, les dernières nouvelles, les notes de service et le summum fut l'installation du podium avec les mannequins pour la nouvelle collection. Et quand il s'étira tandis que Laurent, l'adjoint au secteur Bébé, baissait le rideau de sécurité, il se sentit vidé.

« Fatigué ?

- Ouais, je suis debout depuis 5h ce matin, annonça Leigh en faisant craquer les os de son corps.

- Ah... ouais quand même. Tu as fait des folies de ton corps ?

- Ah ah, j'aurais bien aimé mais non, j'amenais juste un ami à la gare. »

Leigh ne parlait pas beaucoup de sa vie privée. Il ne se cachait pas, les gens savaient qu'il était gay mais il ne le criait pas sur les toits. Certains de ses collègues avaient du mal et d'autres, comme Laurent, le taquinaient souvent.

Les deux hommes mirent leurs vestes et quittèrent la galerie commerciale pour le parking des employés. Beaucoup faisaient comme eux. Ils montèrent dans la voiture. Ce dernier alla déposer Leigh à l'arrêt du RER A le plus proche. Leigh faisait souvent le chemin à pied, il n'en avait que pour quinze minutes mais, quand quelqu'un pouvait l'y conduire, il en profitait. Il n'avait pas de voiture, juste un scooter qu'il utilisait rarement. Tout était proche de chez lui, commerce, bus, métro, RER, alors pourquoi avoir une voiture ?

« Merci, mec !

- À demain. »

Leigh lui sourit avant de refermer la portière et de remonter le col de sa veste. Il faisait frais en ces premiers jours d'automne. Il mit ses mains dans ses poches et se dirigea vers les escaliers. Il lui faudrait encore trente minutes de RER puis dix à pied pour arriver chez lui. Et une fois dans la rame, il attrapa son téléphone pour vérifier ses messages. Il sourit quand il en découvrit un de Philippe. Rien de tendancieux mais plein de douceur. Ah non, la fin était coquine. Très coquine. Il lui répondit sur le même ton et la conversation lui occupa l'esprit le temps du trajet.

Quand il arriva chez lui, il avait une trique d'enfer... après quelques hésitations, il appela Philippe et rien que d'entendre sa voix lui donna encore plus envie. Il fit part de sa doléance et son amant rit.

« Désolé mais je suis un peu loin pour t'aider !

- Tu... tu as déjà... enfin...

- Par téléphone ?

- Oui. »

Le rire de Philippe le fit frémir et Leigh l'imaginait avec son petit sourire en coin.

« Et... tu faisais quoi ? demanda le directeur. »

Il retint son souffle alors qu'il était debout dans son salon, son jean déformé par son membre tendu.

« Tu es toujours habillé ?

- Oui ?

- Avec ton jean et ta chemise, comme ce matin ?

- A ton avis ? »

La voix de Leigh était joueuse tout comme le sourire qui ourlait ses lèvres. Il se mit à marcher lentement dans son appartement alors que Philippe lui parlait de le plaquer contre le mur de son salon.

« Tu sais pas comment s'est chez moi, déplora le rouquin.

- Alors allons dans ta chambre ?

- Déjà ?

- Comme si ça te dérangeait de finir aussi vite dans un lit avec moi. »

Leigh se mit à rire et, tout en se dirigeant vers la pièce, commença à défaire les boutons de sa chemise.

« Je suis déjà à moitié nu quand tu me jettes sur le lit ?

- Bien sûr, je crois même que j'ai arraché quelques pressions de ta chemise dans l'empressement.

- Merde, heureusement que c'est pas ma préférée alors ! »

Leigh attrapa le kit mains libres de son téléphone, mit les écouteurs et le brancha avant de laisser le smartphone sur le matelas. Il entendit la voix de son amant se faire basse :

« J'ai envie de toi, tu sais ? Tu es dur comment ?

- Pour toi ? Bien dur et va vite falloir virer mon pantalon, ça devient désagréable.

- Alors allonge-toi. »

Leigh sourit et s'allongea sur le dos, la tête enfoncée dans les coussins moelleux. Il ferma les yeux et s'imagina Philippe entre ses jambes.

« Tu sens mes lèvres sur ton torse ? J'adore mordiller tes tétons, ils sont comme deux petites perles qui habillent ton corps. »

Le roux frémit alors que ses doigts pinçaient ses grains de chair comme son amant le ferait. Il les fit rouler et tira légèrement dessus dans un soupir.

« Tes mains, murmura Leigh. Tes mains... elles caressent ma peau et glissent sur mes hanches avant de défaire mon pantalon.

- Je crois que j'ai fait sauter le bouton de ton jean, rit Philippe. Va falloir t'en acheter un autre.

- Ça fera du chiffre pour le rayon Homme.

- Tu prendras le slim noir avec les coutures apparentes ?

- Ça te plairait ?

- Merde, oui ! gronda Philippe. Ça te ferait un cul... »

Leigh éclata de rire et son amant reprit ses mots avec une voix plus rauque.

« Enfin pour le moment, je tire sur la fermeture éclaire avec mes dents pour la faire lentement glisser.

- Tu es cruel.

- J'aime t'entendre te plaindre, c'est tout. »

Les doigts de Leigh se mirent à bouger, agissant à la place de ceux de son partenaire. Il souleva les hanches alors que ses mains remontaient sur ses hanches et fit descendre le pantalon.

« Je déteste quand tu as un sous-vêtement, grogna Philippe.

- Promis, avec le slim, j'en mettrai pas !

- Allumeuse.

- Je sais. »

Un soupir passa à nouveau ses lèvres quand sa main frôla son sexe tendu sous le tissu.

« Tu sais, je porte le nouveau boxer-là, celui qui était en TG.

- Le blanc moulant, en lycra ?

- Ouais. »

Un grondement de plaisir résonna dans les écouteurs et Leigh sourit plus vivement. Ses doigts bougeaient selon les descriptions de Philippe, passant sur son torse puis son ventre avant de se frotter contre son érection.

« Je veux que tu la prennes, soupira Leigh.

- Attends, j'ai pas fini de te torturer... je sais que tu aimes quand je te mordille à travers le tissu, ça t'excite et te fait pousser des petits gémissements délicieux. »

Il se pinça légèrement comme si c'était les lèvres et les dents de son amant. Sa respiration était plus rapide et il perdit patience en virant tout le tissu inutile. Le téléphone tomba par terre.

« Merde, non !! »

Il ouvrit grand les yeux, le cœur battant. Qu'est-ce qu'il faisait ? Du sexe en ligne...

« Allo ? Leigh ? T'es toujours là ? »

Il avala lentement avant de prendre une inspiration.

« O-oui.

- Tu flippes ?

- Non ! Enfin... oui.

- Leigh... c'est comme te branler tout seul sauf que je suis là pour diriger tes mouvements.

- Je sais. Je suis désolé, je...

- Tu veux arrêter ?

- Non. Continue.

- D'accord alors... vu que je te sais impatient en temps normal, tu sauras que j'aurais préparé le lubrifiant pas loin ?

- Oui. »

Le roux ouvrit la table de chevet et sortit le tube. Il avisa le vibromasseur, secoua la tête, referma le tiroir mais le rouvrit pour attraper le sextoy. Il se réinstalla sur le lit, appréhendant cette séance inédite. Mince, même quand il était ado, il n'avait jamais fait ça. Ça l'excitait autant que ça le faisait flipper.

« C'est bon, dit-il doucement.

- Bien. »

Leigh entendit du bruit dans les écouteurs et se demanda ce que pouvait bien faire son partenaire.

« Philippe ?

- Hum ?

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je m'installe. Pourquoi, tu te sens délaissé ?

- Un peu, oui, marmonna Leigh avec un air boudeur. »

Philippe éclata de rire et cela tira un nouveau sourire au plus jeune.

« Donc où en étions-nous ?

- Tu avais préparé le gel et les capotes à porter de main alors que tu me bouffais la queue à travers le tissu.

- Ah oui, c'est vrai. Sauf que tu es pressé et que tu m'as repoussé pour te mettre nu.

- Tout à fait et maintenant, je t'attends pour la suite.

- Impatient. »

Leigh se tortilla sur le lit à ce mot prononcé d'une voix chaude et basse. Il ferma les yeux une nouvelle fois et laissa ses doigts voyageaient sur son corps en suivant les indications de son amant.

Il se toucha les tétons, les pinçant et les roulant, avant de suivre la ligne fine sur son torse jusqu'à la toison de poils roux. Philippe le rendait toujours fou de ses caresses et le faisait haleter rapidement. Cela ne manqua pas.

« Tu sens mes doigts presser et malaxer tendrement tes bourses pendant que ma langue lape ton gland ?

- Oui. »

Leigh hoqueta. Il attrapa le lubrifiant et s'en mit une bonne dose sur les mains. Il les frotta pour faire chauffer la lotion et partit à la conquête de ses testicules et de sa verge.

« Merde, Philippe... suce-moi...

- Pas encore. »

Le directeur commercial avait la respiration rapide aussi et Leigh tressaillit en l'imaginant sur son lit à se branler au son de sa voix.

« J'aime lécher ta queue, elle est douce et chaude sous ma langue.

- Et moi, j'adore glisser mes doigts dans tes cheveux quand tu es là. Quand je les tire un peu, j'ai l'impression que ça te rend plus... plus gourmand.

- Ça m'excite, lui avoua Philippe. Ça montre ton empressement surtout que là, je viens de prendre ton gland entre mes lèvres et que je t'avale lentement.

- Avec ta langue-là qui fait son truc magique.

- Ah ah oui.

- Ah ! »

Leigh se mordit la lèvre avec qu'il empoignait son sexe pour le caresser. D'abord lentement et paresseusement puis il pressa un peu sa main et tira sur son membre.

« Philippe... s'il te plaît... »

La voix de son ami était hachée à cause de son souffle haletant. Suivre les mots soufflés à ses oreilles le rendait encore plus indécent et excité que de se branler seul. Alors quand il eut les joues bien rouges, le souffle court et le cœur battant trop fort, il murmura à son amant :

« J'ai un vibro.

- Petit coquin ! »

Leigh se mordit la lèvre en gémissant alors qu'il faisait pression de ses doigts autour de sa verge.

« Il est de quelle taille ?

- De quoi ?

- Ton jouet.

- Hum... »

Leigh attrapa l'engin et le regarda avec gourmandise.

« Un peu plus gros que ta queue.

- Je ne sais pas si je vais être d'accord.

- Pour ?

- Que tu l'utilises.

- Offre m'en un moulé avec ton gabarit !

- Pas bête. Noël approche bien vite. »

Leigh sentit une bouffée de chaleur grimper en lui à ces mots. Philippe les voyait encore ensemble pour les fêtes de fin d'année ? Oui. Il le voulait aussi.

« Prépare-moi vite, j'en peux plus ! »

Leigh avait lâché ces mots avec empressement. Il voulait juste sentir l'épaisseur en lui comme s'il s'agissait du membre de son amant.

« Deux doigts, direct. »

Leigh gémit alors qu'il remettait une bonne dose de lubrifiant sur ses doigts et l'étalait sur son intimité. Il écarta ses cuisses et se doigta rapidement. Il avait le visage tourné, les lèvres presque collées au micro du sans fil. Il fouilla en lui, frôla sa prostate qui le fit tressaillir de la tête au pied.

« Merde, bébé, j'ai envie de toi !

- Alors viens. Viens et baise-moi ! »

Leigh retira ses doigts, attrapa le vibromasseur en forme de pénis et l'enduisit de gel. Il entendit du bruit aussi à ses oreilles, Philippe devait jouer avec quelque chose.

« Tu fais quoi ?

- Je t'écarte les cuisses et je me prépare à te pénétrer.

- Non tu as... tu...

- Je m'équipe moi aussi, dit Philippe dans un rire. Mon vieux fleshjack, fidèle compagnon ! »

Ils rirent tous les deux et Leigh attendit les ordres de son amant, le bout de son jouet au bord de son intimité.

« Tu me sens ?

- Oui. Dépêche-toi...

- Je pousse là.

- Oui. Je te sens. »

Leigh se mordit la lèvre du bas alors qu'il faisait lentement passer le haut du sextoy en lui.

« T'es toujours serré quand je te pénètre, c'est tellement bon !

- C'est-C'est passé. Ton gland... »

Leigh haletait alors que le gland en silicone était en lui.

« Merde, bébé, t'es tellement étroit ! »

Il sourit aux paroles de son amant alors qu'il poussait plus loin le jouet à chaque mot. Philippe ne lui donnait ce petit nom qu'au lit. Au début, il avait trouvé ça ringard puis il avait commencé à trouver ça mignon quand c'était susurré contre ses lèvres ou à son oreille.

Enfin il fut en lui, entièrement, et il lâcha son souffle qu'il avait bloqué. Il avait souvent ce genre de réaction. Non pas qu'il détestait la pénétration – même si c'était parfois brûlant et légèrement douloureux – ce moment de l'acte où son homme se frayait un chemin en lui en écartant les parois, mais il se concentrait tellement qu'il oubliait même de respirer.

« Bouge. »

Le rythme de leur respiration s'accéléra alors que chacun bougeait son jouet en rythme. Leigh se tendit dans un soubresaut quand, en allumant le sien, ce dernier frotta son muscle sensible. Il se mit à geindre délicieusement au téléphone, à se tortiller sur le matelas.

« Tu es tellement... merde, Leigh...

- Ph-Philippe, plus vite. »

Leigh leva sa main pour se mordre les doigts alors qu'il écartait davantage ses cuisses et bouger plus vivement le vibromasseur.

« Hoooow... »

Il avait tourné à nouveau le bouton, mettant le vibreur sur le 2. A ses oreilles, Philippe lui soufflait des mots indécents qui le firent rougir et frémir. Ce type savait utiliser la belle langue française.

« Leigh, bébé, caresse-toi.

- Oui. »

Leigh respirait plus fortement, de la sueur perlait sur son front et il glissa ses doigts sur sa peau sensible jusqu'à attraper son membre. Il se tendit vivement dans un gémissement et il se branla en rythme. Son autre main faisait entrer et sortir le sextoy en lui dans le même mouvement. C'était bon. C'était délicieux. Et les frissons de plaisir prenaient son corps comme les vagues frappaient les falaises. Il s'imaginait Philippe le prendre par les hanches et le pilonner comme une bête.

« Je vais...

- Moi aussi. »

Il tira sur son sexe avant de refermer ses doigts autour pour le caresser avec vigueur. Il monta les vibrations sur 3 et le laissa caresser frénétiquement sa prostate, incapable de le bouger plus vite. Il attrapa de sa main libre le barreau de son lit et donna tout. Tout... et dans un dernier gémissement, il souffla d'une voix pressante :

« Je viens, bébé... »

Il se cambra, crispa les doigts de pieds dans les draps et, dans un dernier râle, macula son ventre et son torse de son plaisir. Il se laissa retomber, essoufflé, sur le matelas. Il avala difficilement et ferma les yeux tant il n'arrivait pas à faire le point.

Dans les écouteurs, Philippe poussa un long râle, brut et bestial, masculin. Lui aussi venait de jouir. Un silence juste entrecoupé de leur respiration haletante s'installa entre eux. Calme et agréable.

Il réussit à étreindre le jouet malgré ses doigts fébriles et le retira dans un soupir. Il se laissa aller dans les draps, la peau sensible et frémissante.

« Hé.

- Hum.

- Il faudra refaire ça, dit Philippe.

- Mais tellement. »

A nouveau, ce fut un silence confortable et Leigh sourit. Il était sale et en sueur mais il se sentait tellement bien.

« Tu me manques déjà.

- On se revoit bientôt, joli cœur.

- Je t'... t'attends. »

Il avait failli dire les trois mots. Son cœur battait fort dans sa poitrine comme celui d'une jeune fille. Philippe ne sembla pas y avoir fait attention ou alors il ne le releva pas et Leigh l'en remercia mentalement.

« Bonne nuit.

- Hum. Elle va être délicieuse grâce à toi ! »

Leigh rit et raccrocha. Il resta encore quelques minutes comme ça avant de se lever pour aller prendre une douche et nettoyer son jouet. Il retourna alors se coucher et le sommeil le prit rapidement.

Dieu qu'il aimait cet homme.

oOo

Deux semaines.

Deux longues semaines à ne se contenter que d'appels téléphoniques, dont trois très coquins. Et maintenant, il était là, devant les portes du bâtiment du RER A à attendre son amant.

Leigh trépignait, un sourire idiot aux lèvres. Philippe venait chez lui. Il avait fait le ménage en grand, sa lessive était propre et rangée, sa vaisselle aussi. Il avait changé ses draps et racheté du lubrifiant et des préservatifs. Tout était prêt pour recevoir son partenaire. Il portait même le fameux jean slim noir aux coutures apparentes.

Madame Agnès Jugnot, sa voisine de palier qu'il avait croisé ce matin, l'avait taquiné en lui demandant ce qui le rendait si joyeux. La vielle femme savait qu'il préférait les hommes – depuis le moment gênant où elle avait ouvert la porte et qu'il avait sa langue dans la bouche de son ex alors qu'ils vivaient dans l'immeuble depuis trois jours seulement. Agnès se moquait bien de qui il ramenait chez lui tant que personne ne s'attaquait à Sticks, son adorable et turbulent jack russell.

Il sourit en se rappelant sa réponse. Je ramène un homme à la maison. Agnès avait gloussé et demandé des détails qu'il ne lui avait pas révélé. Il était certain qu'elle irait promener Sticks au moment même où ils sortiraient de l'ascenseur.

Il aperçut la chevelure châtain de son amant et lui fit un signe de la main. Son cœur se mit à battre plus fort alors que Philippe approchait. Ce dernier traîna sa valisette comme à chaque fois qu'il se déplaçait. Un sourire amusé s'était glissé sur ses lèvres quand il aperçut Leigh.

« Hé, joli cœur.

- Bonsoir. »

Ils échangèrent un long regard alors que les gens autour d'eux se dépêchaient de remonter la rue, prendre leur voiture ou encore leur vélo. Et une fois seuls, Philippe fit les deux pas qui les séparaient et se pencha sur son petit ami pour l'embrasser.

« Bonsoir. »

Leigh se sentit fondre et se pressa contre lui tout en répondant au baiser. Puis ils se séparèrent.

« Tu habites loin ?

- Dix minutes à pied.

- C'est déjà dix minutes de trop. »

Leigh éclata de rire et lui fit signe de la tête de le suivre.

« Tu veux que je te prenne ta valise ?

- Non, j'ai l'habitude. »

Le directeur commercial lui emboîta le pas et les deux hommes remontèrent l'avenue. Ils restèrent silencieux et Philippe regardait les maisons avec curiosité.

« C'est un ancien village de cheminots, lui indiqua Leigh alors qu'ils tournaient à droite.

- Oh.

- Hum. Les maisons ont toutes gardé le charme du vieux et les toits pointus. Les loyers sont assez intéressants pour une maison simple.

- Tu appelles quoi « simple » ?

- Celle-ci. »

Le plus jeune désigna une maison avec un étage. Il la décrivit assez rapidement : un petit bout de terrain de cinq cent mètres carrés. Le rez-de-chaussé était souvent composé d'un salon, d'un wc et d'une cuisine. Parfois il y avait une troisième pièce pour faire un petit bureau. L'étage était composée généralement de deux chambres et d'une salle de bain. Le minimum syndical pour un couple ou une petite famille de trois personnes. Sa grand-mère avait vécu dans une maison comme cela, juste à trois rues d'ici.

« Et le « compliqué » ?

- Hum... celle-là, en brun et blanc.

- Ah oui. C'est pas le même gabarit. »

Leigh haussa les épaules.

« C'était généralement les bourgeois de la ville. Enfin... les ouvriers qui sont devenus contre-maîtres puis avec des positions plus importantes.

- Tu en connais des choses sur ce quartier.

- Ma grand-mère me racontait son enfance quand j'étais gamin. J'adorai l'écouter en mangeant ses madeleines avec un bon chocolat chaud.

- C'était les histoires ou le goûter que tu préférais ? se moqua gentiment Philippe. Aïe !

- C'est parce que tu te moques ! »

Philippe éclata de rire et se pencha vers lui pour déposer un baiser sur sa joue. Leigh marmonna et rougit. Le soleil commençait à décliner en cette journée de mi-Octobre alors Leigh osa finalement glisser ses doigts contre ceux de Philippe. Ce dernier frémit mais les entrelaça.

« Je t'ai préparé le canapé, annonça avec moquerie le plus jeune alors qu'ils arrivaient devant l'immeuble.

- Il est confortable ?

- Assez. On pourra le tester si tu veux !

- Hum. C'est une idée. »

Leigh glissa son badge devant le boîtier et un clic retentit. Il ouvrit la porte et la tint pour laisser entrer son amant. Ils marchèrent jusqu'à l'ascenseur et l'attendirent en silence. Une fois à l'intérieur, Philippe le poussa contre la paroi et l'embrassa, une main vint presser ses fesses. Leigh gémit contre sa bouche, ses doigts agrippant le revers de la veste. Philippe le laissa pantelant et rougissant, un petit sourire malicieux ourlait les lèvres du directeur alors que l'adjoint reprenait son souffle.

« Je savais que ce jean te scierait à merveille, glissa Philippe sans le quitter des yeux. T'es bandant avec ! »

Leigh avala difficilement alors que son membre déformait le tissu moulant. Délicieuse torture. Heureusement qu'il portait une veste longue.

Le « ding » reconnaissable de l'ascenseur leur indiqua qu'ils étaient arrivés au second des trois étages et les portes s'ouvrir. Leigh s'était repris et se racla la gorge. Il prit à droite et ne fut pas surpris de découvrir madame Jugnot sortir avec Sticks.

« Madame Jugnot, bonsoir.

- Oh, Leigh, mon petit, je sortais mon petit Sticks ! »

Leigh leva les yeux au ciel en la voyant sourire de toutes ses dents, une lueur malicieuse dans le fond des yeux.

« Bonsoir, fit Philippe en se mettant près de son amant.

- Philippe, je te présente Agnès Jugnot, mon adorable voisine.

- Enchantée.

- Moi de même. »

Agnès gloussa quand le directeur lui serra la main, ce qui ne manqua pas de le faire rire.

« Deux messieurs comme voisins, je ne risque plus rien, s'amusa la vieille femme. »

Elle tapota le bras de Leigh et le garçon secoua la tête.

« Il est charmant, lui glissa-t-elle doucement. Amusez-vous bien, les garçons. Allez Sticks, nous sortons. »

Agnès leur fit un petit signe de la main tandis que le jack russell reniflait Philippe et jappait joyeusement. Ils disparurent dans l'ascenseur et Leigh marmonna avant d'aller déverrouiller sa porte.

« Elle a l'air gentille.

- Oui, très, répondit Leigh en poussant le battant. Et tolérante. J'ai vraiment beaucoup de chance. Enfin sauf quand elle fait les yeux doux à mon homme. »

Leigh rougit vivement à ses paroles, cachant son visage dans son col de veste avant de passer le pallier. Merde, il avait « son homme ». A Philippe. Et ce dernier ne lui avait rien rétorqué, juste avait-il ri au compliment.

« Je fais souvent cet effet-là. »

Leigh finit par rire aussi et tendit le bras pour l'inviter à entrer. Il se sentait extrêmement nerveux. Et si Philippe n'aimait pas son appartement ? S'il avait froid ? S'il préférait le confort d'une chambre d'hôtel ? Il referma, perdu dans ses pensées.

« Tu me fais visiter ? »

Il tourna les yeux vers son partenaire et les cligna, revenant à la réalité.

« Oh pardon ! Je... j'étais...

- En train de t'inquiéter, encore. »

Leigh se mordit la lèvre du bas. Un sale tic nerveux. Philippe abandonna sa valise pour s'approcher lentement de lui. Il lui attrapa le visage dans ses mains en coupe et le força à le regarder.

« Hé, ça ira.

- Je sais.

- Menteur.

- C'est juste que mon appartement est petit et...

- Leigh, tout ira bien. »

La voix de Philippe était calme et posée. Confiante et rassurante. Le directeur se pencha vers lui et l'embrassa avec tendresse. Leigh fondit avant de cacher son visage dans son cou.

« Bon, retire cette veste et on t'installe.

- Voilà. C'est mieux. »

Leigh accrocha le vêtement derrière la porte, avec la sienne, et invita Philippe à sortir du petit hall.

« La pièce principale avec cuisine ouverte, salon et balcon. »

Philippe lui attrapa la main, entrelaçant leurs doigts ensemble. Cela lui donna un peu plus de courage.

« Toilettes séparés, la salle de bain, continua Leigh en ouvrant la porte pour lui faire découvrir une baignoire assez grande pour deux.

- King size la baignoire, sourit le directeur.

- Ouais, tu rentreras tout entier dedans ! Mon bureau avec un canapé-lit pour les amis. »

Il présenta la pièce rapidement et l'entraîna à la porte suivante.

« Ma chambre. »

Il entra et Philippe le suivit.

« C'est mignon ici.

- C'est... ben c'est chez moi. »

Leigh haussa les épaules avec timidité.

« Et j'aime beaucoup. »

Le rouquin rougit de contentement et secoua la tête. Il traîna son amant dans le salon.

« Je me disais que tu aimerais rester au calme ce soir, dit Leigh en allant vers le comptoir de la cuisine. Alors j'ai préparé le repas. On mangera en ville demain.

- Ça me va. La semaine a été éreintante.

- Déplacement ?

- Pas que. Beaucoup de réunions et de dossiers à étudier.

- Et dire que les employés sont persuadés que les grands pontes passent leur temps à se balader et se goinfrer aux frais de l'entreprise. »

Leigh éclata de rire et Philippe se plaça dans son dos, les mains sur ses hanches.

« Ça dépend si c'est en fin d'année ou pas ! lui avoua son amant au creux de l'oreille.

- Ah c'est vrai. Les repas de Noël... Tant de foie gras, de champagne, de petits toasts, ça doit être horrible pour garder la ligne.

- Tout à fait. Heureusement que je fais un peu de sport, murmura le directeur en déposant un baiser dans son cou. »

Leigh frissonna et soupira d'aise. Il aimait quand Philippe se montrer tendre comme ça. Il sourit quand les lèvres remontèrent de son cou à sa mâchoire. Il tourna la tête et répondit.

« Si on commence par le dessert, je ne goûterai jamais à ta cuisine, souffla Philippe.

- Comme si ça t'embêtait...

- Là, oui, je meurs de faim. »

Leigh leva les yeux au ciel et se détacha mais son amant l'attrapa, le plaqua contre lui et lui vola la bouche pour un baiser dur et profond. Le jeune homme enroula ses bras autour du cou de son partenaire et se pressa contre lui dans un gémissement étouffé. Il sursauta en glapissant quand Philippe lui donna la fessée.

« Tout à l'heure, joli cœur.

- Je te déteste... »

Leigh fit la moue, gonflant ses joues sous le rire de son compagnon. Il finit néanmoins par sourire et passer dans la cuisine. Il avait pris le temps de préparer des lasagnes ce matin et elles étaient meilleures réchauffées. Alors il coupa une belle part à chacun et les mit au micro-onde. Pendant ce temps, il mettait la table, aidé de Philippe. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu d'homme chez lui, de mec à qui faire à manger. Le dernier avait été Peter. A la pensée de son ex, il se rembrunit. Il frémit au baiser sur sa tempe.

« Je croyais que tu étais ravi de ma présence, je vais finir par me vexer, se moqua gentiment Philippe.

- Désolé... je repensais à quelqu'un.

- Pas une bonne personne si on en juge par ta mauvaise mine.

- Mon ex.

- Oh, pas bonne idée.

- Complètement... je me disais juste que ça faisait longtemps que j'avais pas fait à manger pour quelqu'un. Que... tout ça... remontait à quand j'étais avec lui.

- Longtemps ?

- Pas vraiment. Dix mois.

- Et ?

- Et ça me fait plaisir que tu sois là. Vraiment. J'ai juste l'impression d'être empoté.

- Je trouve ça mignon.

- Ouais enfin... »

Il rougit de gêne et son amant releva son visage du bout des doigts.

« Je ne cherche pas la perfection, Leigh, tenta de le rassurer Philippe. J'aime que le mec que je fréquente soit comme il est avec ses qualités et ses défauts. Nous deux, ça marche bien, non ?

- Oui.

- Alors profite de ça, d'accord. On est là, je meurs de faim et tes lasagnes sentent divinement bons. On va manger et après, je te ferai l'amour si fort que ta ravissante voisine viendra se plaindre de toi demain. »

Leigh vira cramoisi et lui frappa l'épaule. Et ce fut ce qu'ils furent. Ils se mirent à table après avoir pris leurs assiettes et mangèrent en flirtant du bout du pied. Puis, pendant que Leigh rangeait, Philippe se doucha.

Le jeune homme alla prendre place dans son lit et attendit son amant. Ce dernier arriva bien vite, une simple serviette ceignant ses hanches. Leigh s'était mieux installé. Philippe s'était approché. Et ils avaient fait l'amour. Le directeur commercial avait baisé son amant avec une lenteur qui l'avait fait gémir et supplier avant de se déchaîner et de le pilonner avec passion, lui tirant des gémissements et de petits cris de plaisir. Et ça avait été bon.

oOo

Leigh passait de Sandy à Philippe puis Philippe à Sandy.

C'était samedi soir, il avait invité son amant à manger Chez Maggie et sa meilleure amie s'était joint à eux. Et Leigh boudait.

« Oh Leigh, s'exclama Sandy en posant une main sur la sienne. Arrête de faire ta mauvaise tête, tu auras toute la vie pour venir ici avec ton homme.

- Je te déteste cordialement.

- Tu ne sais pas à quel point tu fais mal à mon petit cœur avec tes mots, dit la jeune femme en faisant semblant de pleurer. Moi qui suis une si grande meilleure amie !

- Une tape-l'incruste.

- Hé ! Oublierais-tu que c'est moi qui t'ai fait sortir de ton antre et qui t'ai fait rencontré ce si beau mâle.

- HE ! »

Philippe éclata de rire devant l'échange et son jeune compagnon vira cramoisi.

« Quoi ? Philippe est décidément très charmant.

- Merci.

- Je t'en prie. Même si je te préfère avec juste un masque.

- HE ! répéta Leigh en mettant ses mains devant les yeux de son amie.

- Genre comme si je n'avais déjà pas tout vu, mon biquet ! »

Leigh ne sut plus où se mettre. Certes, Sandy avait raison mais le dire à voix haute...

Le jeune homme se rassoit, croisant les bras comme un enfant vexé. Philippe glissa un bras autour de lui et baisa sa tempe avec jeu.

« Allez, cesses de faire l'enfant.

- Je ne fais pas l'enfant.

- Si. Tu boudes, contra Sandy.

- Tu me saoules.

- Je t'aime aussi, mon biquet.

- Arrête de m'appeler « Mon biquet » ! »

Philippe rit davantage et déposa un nouveau baiser. Le serveur arriva sur ces entre faits et déposa les assiettes devant chacun avant de souffler un « Bon appétit tout le monde ».

« Luc doit être si dévasté de te voir avec un autre gars que lui, soupira Sandy en suivant des yeux le serveur.

- Mais non.

- Quoi ? Il a le béguin pour toi ? s'enquit le directeur en tournant les yeux lui aussi sur l'employé reparti. Je comprendrai, il est pas mal.

- N'est-ce pas ? En plus, il est gentil, drôle, de bonne conversation et ses parents possèdent cet endroit magique dans lequel nous dînons.

- Un bon parti.

- C'est ce que je dis à Leigh depuis cinq ans que nous venons ici.

- Je vous entends, grogna l'intéressé.

- Et alors ? Il n'y a rien eu ?

- Non, il a rencontré un autre gars, maugréa la jeune femme en pensant à Peter. Un connard.

- Tu l'aimais bien au début, coupa Leigh.

- Parce que tu crois que j'appréciai un type qui pensait que Batman était un Avenger ?

- On peut pas tous être des fondus de comics, concéda le roux.

- Leigh... Batman..., souffla Philippe d'un air condescendant.

- AH ! Tu vois, merci. MERCI ! Je t'aime, toi ! s'écria Sandy avec un immense sourire.

- Pfff... je vais vous laisser alors.

- De suite. Tu es jaloux parce que je m'entends bien avec ton mec ! »

Quelque part, Leigh devait s'avouer que c'était vrai. Il n'avait jamais vu Sandy s'entendre aussi bien avec un de ses amants – de passage ou plus sérieux. Et voir Philippe devenir si complice avec sa meilleure amie...

« C'est toi que je préfère, murmura ledit partenaire à son oreille. Elle a trop à un endroit et pas assez dans un autre.

- T'es bête, grogna Leigh en rougissant avec un sourire timide.

- Tant de niaiseries va me couper l’appétit !

- Va manger ailleurs alors ! »

Ils se regardèrent tous et rirent de bon cœur en reprenant leur repas. Et la soirée se passa ainsi, dans la bonne humeur et les taquineries, presque toutes dirigées vers Leigh mais cela permis à Philippe d'en apprendre plus sur son jeune amant.

Quand ils se séparèrent à la rame de métro, Sandy serra le directeur commercial dans ses bras comme un vieil ami. Là aussi, Leigh sentit une pointe de jalousie le piquer.

« Philippe, ça a été un plaisir de te rencontrer dans un lieu plus formel.

- Moi de même. Il faudra refaire une soirée comme ça la prochaine fois que je viens sur Paris.

- Avec plaisir, répondit la jeune femme avant de lui murmurer. Et prends bien soin de Leigh, c'est un gentil garçon qui mérite que les meilleures choses.

- C'est prévu.

- Hé ? Vous parlez de quoi ? marmonna l'intéressé en croisant les bras avec une moue boudeuse.

- De ton joli cul. »

Leigh rougit vivement aux paroles de son amie avant de détourner la tête. Philippe éclata de rire et l'attrapa d'un crochet du bras pour le plaquer contre lui. Il glissa une main sur son visage et l'embrassa tendrement.

« Comme vous êtes mignon, dit Sandy d'un air moqueur. Bon, Leigh, on s'appelle. Philippe, au plaisir. »

Elle fit la révérence et fila, laissant les deux amants rentrer chez eux.

Les hommes se prirent par la main et pénétrèrent dans le wagon. Il n'y avait pas beaucoup de monde ce soir et ils ne seraient pas dérangés. Philippe joua avec leurs doigts entremêlés.

« Je voulais te le dire pendant le repas...

- De quoi ?

- Eh bien... j'ai demandé ma mutation pour l'ouverture de Carré de soie, avoua Leigh. »

Le jeune homme avait le regard fixé sur le fauteuil jaune devant lui. Les joues rouges, il n'osait pas poser les yeux sur son amant. Ce dernier le regarda, surpris, avant de sourire.

« On se verra plus souvent.

- Oui, souffla Leigh avec timidité. C'est un peu l'idée, je... je veux plus que quelques week-ends. »

Il tressaillit quand la grande main de Philippe tourna son visage vers lui. Il évita son regard mais finit par le relever et ce qu'il vit dans ses magnifiques yeux verts le fit frémir. C'était de la tendresse. De l'amour.

« Moi aussi, avoua le directeur. Mais tu es sûr d'avoir envie de quitter Paris ? Tes parents ? Sandy ? »

Leigh avala difficilement avant de hausser les épaules. Il voulait construire quelque chose de fort avec Philippe, c'était certain mais il avait aussi peur. Il n'avait jamais quitté Paris où il était né, mais il ne serait pas seul. Il prit une profonde inspiration, ferma les yeux quelques secondes et les rouvrit pour les plonger dans ceux de son amant.

« Je t'aime, Philippe. »

Il retint son souffle alors que le directeur le fixait, interdit. Son cœur se mit à battre plus vite et la peur d'avoir dit et fait une bêtise commença à lui faire trembler les mains. Il les serra sur ses genoux jusqu'à les blanchir.

« Tu es si mignon, s'amusa Philippe avant de lui sourire avec douceur. Je t'aime aussi, joli cœur. »

La main caressa sa joue et approcha son visage du sien. Puis se furent deux lèvres gourmandes qui prirent le relais et Leigh se détendit. Il osa poser les mains sur le torse de son amant, sans se préoccuper des deux personnes présentes et répondit au baiser de son compagnon.

« J'ai envie de toi, soupira le rouquin contre la bouche gonflée de baiser de son amant.

- A la maison.

- Oui. »

Déjà son bas-ventre chauffait et se tordait. L'envie et le plaisir s'entortillaient dans son corps, le faisant frissonner. Philippe le lâcha mais reprit sa main, jouant avec leurs doigts comme avant l'aveu.

« Je peux t'aider pour ta mutation, proposa doucement le brun.

- Non, répondit un peu trop vivement Leigh. Je ne veux pas... de piston.

- Hum. Entendu mais, je peux juste mettre ton dossier au-dessus de la pile.

- Philippe, je ne veux pas te devoir quelque chose à ce sujet.

- Tu ne me devras rien. Beaucoup le font.

- Je ne suis pas « Beaucoup ». »

Leigh avait dit cela d'une voix un peu sèche et énervée. Philippe resserra sa prise sur sa main.

« Je ne voulais pas t'énerver.

- Ouais...

- Non, je suis sérieux, reprit Philippe. Juste que... cela te donnerait une chose de plus de venir sur Lyon. »

Philippe poussa un lourd soupir et tourna la tête quand il sentit celle de son jeune partenaire contre son épaule. Le garçon leva leurs mains et les serra plus fort.

« Ne t'inquiète pas, je serai Chef du secteur Homme à Carré de soie. »

Leigh avait un sourire doux aux lèvres en faisant cette promesse.

« Je n'en doute pas. »

Ils restèrent ainsi avant de sortir du métro pour prendre le RER puis rentrer chez Leigh. Ils n'échangèrent pas beaucoup de mots mais des regards brûlants. Malgré la dispute, le désir était toujours là et, quand les portes de l'ascenseur se refermèrent sur eux, Philippe le plaqua contre la paroi pour l'embrasser d'un baiser autoritaire et glissa une main entre les cuisses du jeune homme pour presser son membre déjà dur et tendu.

Leigh se tendit dans un gémissement et enroula ses bras autour du cou de son amant. Il s'accrocha à lui et ne fit même pas attention qu'ils étaient arrivés à son étage. Philippe le garda contre lui, ses bras autour de sa taille et le soulevant légèrement.

« Les clefs sont dans ma veste...

- Okay. »

Leigh glissa ses jambes autour de son amant et ce dernier farfouilla dans le vêtement pour trouver l'objet en question. Il mordilla les lèvres de son amant, tirant légèrement dessus pour le faire gronder.

La porte s'ouvrit, se referma bien vite et, dans l'intimité de l'appartement, sans lumière, Philippe les amena dans la chambre, les deux virant leurs vestes pour les laisser tomber par terre. Il les fit tomber lourdement dans un rire sur le matelas.

« Tu es lourd, se plaignit Leigh en défaisant les boutons de la chemise du brun.

- Je croyais que tu aimais quand j'étais sur toi.

- Sur moi, en moi, partout ! »

Philippe lui sourit vivement et tira le tee-shirt pour le sortir du jean. Ses mains glissèrent sur la peau qu'il découvrait petit à petit avant de descendre pour l'embrasser.

« J'ai envie de toi, soupira Leigh en passant ses mains dans les cheveux de son partenaire.

- Pressé. Je croyais que tu m'aimais.

- Oui et je t'aimerai encore plus fort si tu te dépêches.

- Pas de câlins ?

- Pas de câlins. Juste dépêche-toi. »

Le directeur se mit à rire avant de remonter le tee-shirt du roux. Il s'assit sur ses genoux et retira sa chemise, ouvrit son pantalon pour le baisser sur ses cuisses. Il s'amusa de voir que son partenaire se retrouva nu tout aussi vite. L'empressement du jeune homme le faisait sourire et il s'allongea à nouveau sur lui même si son bas n'étais pas entièrement retiré.

« Je suis chaud, là, souffla Leigh.

- Je sens ça. »

En effet, le membre du roux était tendu contre lui, aussi tendu que le sien alors que l'excitation les prenait au corps.

« De la baise, murmura Leigh en enroulant ses bras autour de son cou pour le tirer à lui. Je veux que tu me prennes fort, je veux te sentir en moi dur et chaud.

- Adieu tendresse.

- Comme si ça te dérangeait ! »

Ils rirent avant d'échanger un long baiser. Philippe attrapa le lubrifiant et les préservatifs qu'ils avaient laissé sous les coussins et déboucha le tube pour enduire ses doigts.

Leigh remonta haut ses jambes et les écarta avant de frémir quand le brun commença à le préparer. Il tira la langue pour lécher les lèvres tendres proches de lui et les vola pour un nouveau baiser plus passionné. Ils bataillèrent pour la domination et Leigh perdit.

« Allez viens.

- T'es à peine détendu.

- T'inquiète pas, juste glisse la. »

Leigh tendit la main pour ouvrir un des petits carrés et équipa son amant. Ce dernier remit une bonne dose de gel et attrapa Leigh sous les genoux pour bien l'écarter.

Le roux rougit, offert et excité, avant de lever les bras et d'attraper le coussin sous sa tête. Il frémit et gémit à la pénétration. Il serra fort le tissu sous ses doigts et respira lentement.

« T'es serré...

- Je-Je sais. »

Philippe prit son temps, écartelant ses parois à chaque poussée jusqu'à sentir toute sa longueur entièrement en Leigh.

« Hé respire, se moqua-t-il alors que déjà la sueur recouvrait leur front.

- Ta gueule...

- Je vais peut-être me retirer ! »

Leigh le fixa, les yeux écarquillés et l'attrapa par la nuque, enroulant ses mains autour et fit pareil avec ses jambes, croisant ses chevilles dans le dos fort du directeur.

« NON ! Pas bougé !

- D'accord. »

Et Philippe resta comme il était. C'était pour lui tout aussi frustrant que pour Leigh mais il voulait jouer le jeu de son amant.

« Qu'est-ce que tu fiches ! gronda Leigh.

- Je ne bouge pas.

- Philippe ! s'exclama le roux avec indignation.

- Quoi ? Je t'obéis.

- Ah tu es chiant. »

Leigh le repoussa, les mains sur ses épaules carrées, avant de se tendre dans un gémissement indécent quand Philippe donnant un puissant coup de rein. Ses mains se pressèrent sur la nuque de son amant, le forçant à se rapprocher de lui, à glisser son visage dans son cou.

« Oh merde... Phi-Philippe... »

Leigh gémissait tandis que le directeur le prenait plus durement. Ça commençait fort et il aimait ça. Sa sueur était récoltée par la langue taquine de son partenaire avant de voir sa peau marquait par la morsure de ses dents.

« Hnnn... »

Il haletait en crispant les doigts dans les cheveux bruns.

« Je... je t'en prie... »

Il se resserra autour de ce membre dur qui allait et venait en lui dans des bruits indécents.

Philippe releva la tête et attrapa les hanches de son petit-ami qui laissa échapper un petit cri.

« Hum... LA ! »

Il venait de toucher ce point délicieux et tenta de recommencer.

Leigh lâcha la nuque de son amant d'une main pour attraper le barreau de son lit au-dessus de sa tête tandis que son corps était l'objet de la fureur du directeur. C'était juste délicieux. Un peu douloureux mais si bon.

Et quand il glissa sa main entre eux pour se caresser, il crispa les doigts de ses pieds jusqu'à sentir le plaisir le prendre aux tripes.

« Leigh, bébé...

- Plus fort... plus fort..., murmura Leigh comme une litanie. »

Et ça vint d'un coup, remonta dans son corps comme une vague s'écrasant contre la falaise. Il jouit, souillant leurs peaux de son plaisir, tout son être tendu comme un arc.

Il haletait, tentait de reprendre son souffle alors que Philippe donnait les derniers coups de rein avant de jouir à son tour et de se retirer de lui.

Le directeur s'écroula à côté de lui, la respiration courte et le cœur battant. La main fébrile du brun vint caresser sa peau et ses lèvres se posèrent sur lui dans un élan de tendresse. Leigh se serra contre lui et répondit à son baiser, ses doigts parcourant son visage.

« Putain je t'aime tellement... »

Ils se sourirent avant de rire. Puis après un moment câlins, Philippe partit prendre une douche, Leigh passa après lui et ils se couchèrent, propres et détendus.

Aucun d'eux ne pensa que dans quelques jours, Philippe repartirait pour Lyon. Même s'il revenait dans quinze jours pour l'ouverture de la Défense, le temps allait paraître à Leigh encore plus long maintenant qu'il lui avait avoué ses sentiments. Sentiments partagés. D'ailleurs, ils allaient devoir parler sérieusement de tout ça...

oOo

S'il n'avait pas pu assister à l'ouverture du magasin à la Défense parce qu'il était malade, caché sous ses couvertures à se morfondre, il ne put également voir son amant toujours à cause de son état.

Les deux hommes avaient pu échanger de longs appels, parfois coquins, parfois tendres, à la place. Ce n'était pas au goût de Leigh qui commençait à ne plus supporter cette distance géographique entre eux. Et son projet de mutation à Carré de Soie comme chef de secteur semblait en bonne voie. Son directeur et son responsable actuels étaient très optimistes et faisaient tout pour que le jeune homme obtienne ce qu'il voulait. Après tout, il le méritait.

Il désirait se rapprocher de son homme. Pour le moment, il n'arrivait pas à s'imaginer vivre avec lui, dans le même appartement. C'était une des choses sur laquelle il leur faudrait réfléchir tous les deux. Puis il avait envie de le voir. Très envie.

Alors quand fin Novembre approcha, Leigh réfléchit. Il avait hésité tout l'après-midi alors qu'il avait fini tôt après avoir dépanné leurs confrères aux 4 Temps.

Il savait Philippe coincé sur Lyon alors qu'ils auraient dû passer le week-end ensemble. C'était le dernier qu'il avait de disponible avant le début de la nouvelle année. Entre le début du mois de Décembre et les soldes en Janvier, les cadres et les adjoints étaient cordialement invités à être de permanence ou sur la surface le samedi. Donc pas de week-end. Et s'il passait chef, il serait coincé par les longues journées d'implantation avec une bonne fatigue le soir.

Alors, après quelques échanges avec Sandy, il avait décidé de prendre un billet pour Lyon et aller retrouver son homme. Il ne l'avait pas prévenu, il lui ferait la surprise. Il avait trouvé l'adresse sans aucun souci : un appartement dans la banlieue lyonnaise qui donnait, semble-t-il, sur le canal Jonage. Leigh avait regardé, ce n'était pas bien loin du projet de magasin à Carré de Soie.

Il était presque vingt-et-une heure quand il s'arrêta devant un bâtiment. Il attrapa son sac à dos et leva les yeux sur l'immeuble. Un étage, sans doute très haut de plafond, il avait des airs d'industrie avec ses grandes fenêtres. Leigh s'approcha lentement, le cœur battant et hésitant.

Il découvrit deux noms sur les boîtes aux lettres dont celui de Philippe qui lui indiqua que son logement était à droite. Il grimpe le petit escalier deux à deux avant d'arriver devant une porte. Il y a un petit écusson avec écrit « O'Hara » et une sonnette.

« Est-ce que j'ai bien fait ? »

Il marmonna doucement dans sa barbe avant de prendre une profonde inspiration. Il expira lentement et appuya. Ça sonnait. Pas comme chez ses parents où le bruit attestait de l'âge mais quelque chose de simple et court.

Il resserra doucement la prise sur la lanière de son sac à dos et attendit avec inquiétude. Rien ne se passa alors il décida d'appuyer une nouvelle fois, un peu plus longuement.

« Ouais ouais, j'arrive ! »

Leigh se tendit à la voix derrière la porte. Merde, il avait peut-être réveillé son amant ?

Il se para d'un sourire joyeux malgré le stress et leva les yeux sur son homme qui ouvrit la porte en caleçon et harnaché de cuir... Il mit deux secondes à faire le point. Philippe dans ce genre d'accoutrement ? Avec un masque en cuir noir, le même que celui de leur rencontre. Il avala difficilement alors que son interlocuteur le fixait longuement. Les yeux verts se posèrent sur lui avec plus d'insistance alors que Leigh n'avait toujours pas ouvert la bouche.

« Oui ? »

Il sentit son cœur battre plus fort et comme remonter à ses lèvres. Il entendit un rire s'élever derrière son homme et une femme, une belle blonde, tout aussi peu vêtue que lui, apparut dans son dos et referma sa robe de chambre avec empressement.

« Je peux vous aider ? »

La voix de Philippe lui lacéra le cœur. Ne le reconnaît-il pas ? Ou alors fait-il juste semblant devant sa... cette femme ?

« Chéri ? »

Chéri. Un rire nerveux manqua de passer les lèvres de Leigh qui ne comprenait rien à rien. Il tourna les talons et redescendit plus vite les escaliers sans voir le regard surpris du couple.

Arrivé en bas, Leigh prit appuie sur le large muret et essaya de se reprendre. Philippe... et une femme. De nombreuses pensées envahirent son esprit dont celle que son amant s'était foutu de sa gueule depuis le début. Tous les mots doux résonnèrent en lui comme des mensonges. Et il avait fait genre de ne pas le reconnaître. Quel beau salop !

Son cœur se serra douloureusement. Il avait envie de vomir. Même son connard d'ex ne l'avait pas autant souffrir. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues et il renifla.

Il était trop tard pour rentrer sur Paris alors il marcha sans but dans les rues jusqu'à trouver un hôtel. La standardiste l'avait regardé bizarrement quand il avait pénétré l'établissement mais elle avait fini par hausser les épaules avant de lui tendre une carte.

Leigh avait laissé tombé son sac à l'entrée de la petite chambre et s'était écroulé sur le lit, sans prendre le temps de se déshabiller, juste celui de retirer ses chaussures. Caché sous les draps, il se remit à pleurer, le cœur lourd.

Il ne se rendit compte qu'il s'était endormi que lorsque son téléphone sonna. Il se redressa brusquement et l'attrapa.

« Philippe... »

Son partenaire essayait de le joindre. Serrant les dents, Leigh hésita. Devait-il lui répondre ? Pour lui dire quoi ? Que le directeur était un connard ? Qu'il avait sans doute attendu que sa femme s'endorme après leur partie SM pour le rappeler et lui expliquer ?

Leigh faillit autoriser l'appel mais il finit par raccrocher et mettre le téléphone en mode silencieux. Il était fatigué et n'avait pas envie d'entendre les excuses foireuses de Philippe.

Quand Leigh se réveilla, il était à peine 8h.

Juste le temps de prendre un petit déjeuner et de rentrer sur Paris. Seul. Sans espoir.

Il attrapa son téléphone et découvrit une vingtaine d'appel en absence. Philippe. Il y avait également une trentaine de textos qu'il ne prit pas la peine de lire et effaça de suite. Philippe également.

Ses yeux le tiraient et quand il vit sa tête dans la glace, il prit peur. Il ressemblait à rien avec ses paupières bouffies. Il fit sa toilette, restant plus que nécessaire sous l'eau chaude. Puis il finit de se préparer. Il prit son sac et descendit déjeuner.

Tout passa vite. Le taxi, la route jusqu'à la gare Lyon Part Dieu, le changement de billet puis le départ. Quelque part, il avait espéré voir son amant et il redoutait la confrontation dans un même temps. Il arriva chez lui avant même midi et s'écroula sur son canapé. Il n'avait envie de rien. Bien sûr, il avait encore de nombreux appels en absence de la part de son homme. Ex-homme ?

« Connard ! »

Le cri résonna dans son appartement mais ne lui fit aucun bien. Il se roula en boule et ferma les yeux. Il avait envie de mourir... et finit par rire nerveusement en pensant à Sandy qui le traiterait de dramaqueen. Oui. Et alors ?

oOo

Il avait évité tous les appels et les messages de Philippe.

Il se sentait nul d'agir comme ça mais c'était la seule chose à faire. Enfin, c'était avant d'apprendre qu'il avait rendez-vous avec le RH pour sa mutation. Mutation dont il commençait à avoir peur également puisque Carré de Soie était à Lyon et, à Lyon, il y avait Philippe. Il tournait en rond...

Il soupira en regardant le calendrier piqué sur le mur dans le bureau du chef de secteur. C'était déjà le 20 Décembre, Noël battait son plein et le magasin était déjà à +12% par rapport aux objectifs fixés sur le mois. Cela voulait dire qu'il y aurait des primes vu que le trimestre était excellent. Peut-être même le T4 et le T5 si l'inventaire prévu pour la mi-Janvier était bon. Pratique pour le déménagement à venir.

Il resta quelques secondes devant la porte. Il regardait l'inscription sur la plaque. Salle de réunion 2. L'endroit n'avait aucune importance mais il avait peur. Il appréhendait, il n'aimait pas l'échec et ne pas avoir cette mutation – malgré le contexte – lui minerait le moral.

Après une petite inspiration, il frappa à la porte d'un coup sec et entra. Il vit deux hommes dont un de dos mais un mauvais pressentiment le prit.

« Ah ! Monsieur Breton, dit le premier en se levant pour lui serrer la main. Leigh, asseyez-vous. Pascal Gantier, RH de la région Rhône-Alpes.

- Bonjour. »

Il prit place sur la chaise indiquée et pâlit légèrement en reconnaissant Philippe qui vint prendre s'installer à côté de Pascal Gantier. Son cœur se mit à battre plus vite et une colère sourde monta en lui. Philippe n'avait-il pas honte ?

« Monsieur O'Hara, souffla l'adjoint en se reprenant et en se composant un visage fermé.

- Leigh. »

Il y eut un moment de flottement et Pascal annonça que la présence du directeur commercial de l'entreprise était assez inespérée. Ce dernier avait dressé un bon portrait de l'adjoint qu'il avait rencontré lors de la réimplatation. Il ouvrit le dossier devant lui. Leigh croisa les mains et sourit.

« Alors nous avons bien étudié votre candidature pour Carré de Soie, commença le RH. Les entretiens se sont apparemment bien déroulés et vous avez beaucoup de bons points. »

Leigh hocha la tête. En effet, il avait reçu beaucoup d'éloge.

« Ça s'est joué entre l'adjoint de Saint Quentin et vous, continua Pascal. Les autres candidats n'étaient pas vraiment à la hauteur. »

A côté de lui, Philippe gardait le silence et ne quittait pas des yeux son amant. Et Leigh ravala ses mots quand le RH passa sur les mots de Philippe, il ne voulait pas de son piston. Surtout pas après cette trahison. Pourtant, l'inquiétude monta en lui. Après tout, Julien, son rival, avait plus de temps de boîte que lui et avait fait pas mal de poste et de magasin.

« J'espère que vous aimez les challenges parce qu'il va falloir en relever pas mal. »

Leigh leva les yeux vers Pascal, incapable de parler. Il cligna plusieurs fois des yeux. Il n'avait pas compris.

« Par-pardon ? »

Pascal éclata de rire et se mit debout en lui tendant la main.

« Vous avez le poste, Leigh, dit-il plus clairement. Vous pouvez poser votre préavis et commencez à chercher un nouveau logement.

- Merci, sourit Leigh avec le regard pétillant. Je ne vous décevrai pas !

- Je n'en doute pas, n'est-ce pas Philippe ?

- Je lui fais confiance, c'est un bon élément. »

Leigh leur serra les mains, ne s'attardant pas plus que cela sur celle de son ancien partenaire.

« Maxime (le futur directeur) vous contactera pour les modalités et autres.

- Entendu.

- Allez, vous pouvez aller l'annoncer à vos collègues. »

Leigh sourit encore plus. Il se sentait gonfler à bloc et si heureux. On reconnaissait son travail et on lui faisait confiance. L'entretien n'avait duré que dix minutes mais le stress avait été là. Très haut. Il entendit à peine qu'on l'appelait mais quand il s'en aperçut, il continua sans se retourner.

« Leigh ? »

C'était Philippe.

« Leigh, attends ! »

Il ne fallait pas qu'il se retourne sinon il allait se mettre à pleurer. Il avait déjà réussi à occulter sa présence lors de la réunion.

« Monsieur Breton, j'ai à vous parler. »

La voix était autoritaire et il s'arrêta. Il se figea d'autant plus qu'un de ses collègues passait par là. Ce dernier salua chaleureusement Philippe avant de s'éclipser pour aller manger.

« Leigh.

- Je ne veux pas te voir ni te parler. »

Le jeune homme avait une boule horrible dans la gorge. Il serrait les poings et tentait de ne pas craquer.

« Il faut qu'on parle.

- Je n'en ai pas envie.

- Leigh... »

Il sentit la main de Philippe frôler la sienne et il se tressaillit, nerveux, avant de la retirer vivement.

« C'était pas ce que tu crois.

- Je ne veux pas te parler. »

Une femme passa, Sarah, du rayon Femmes, et leur dit bonjour avec toujours ce magnifique sourire qui la qualifiait.

Philippe prit le partie de pousser Leigh dans la salle à côté.

Le jeune homme tenta de résister mais finit par se laisser faire. Il s'éloigna au maximum, croisant les bras sur son torse comme pour se protéger. Son regard fuyait celui de son ex alors que ce dernier s'approchait.

« Putain, Leigh, tu ne me laisses pas une chance de m'expliquer !

- T'expliquer de quoi ? De ta femme ? »

Il avait dit cela avec toute l’amertume et la tristesse qu'il ressentait. Pourtant, son regard brillait de colère alors qu'il levait la tête vers son amant. Le directeur se pinça l'arête du nez, gêné.

« Ce n'est pas ce que tu crois, murmura-t-il. Je t'en prie... mangeons ensemble ce soir et je t'expliquerai tout.

- Je t'écoute.

- Pas ici, nos affaires ne regardent personne. Laisse-moi t'inviter à dîner.

- Je n'ai pas envie de manger avec toi.

- Alors laisse-moi un peu de temps après le travail et je te ramène chez toi juste après. »

Leigh se mordit la lèvre du bas. Il n'avait pas envie d'écouter les excuses foireuses de Philippe et pourtant, une partie de lui voulait savoir. Peut-être pour pouvoir passer à autre chose.

« Tu m'as fait mal, avoua-t-il d'une voix nouée. »

Philippe ne répondit rien mais, dans son regard, il y avait cette fureur, cette envie de prendre Leigh dans ses bras et de tout lui dire maintenant. Il n'aimait pas voir le jeune homme dans cet état surtout quand c'était à cause de lui. Enfin indirectement.

« Je vais y aller.

- D'accord. Je t'attendrai dans le parking, près de l’escalator.

- Hum. »

Leigh s'avança jusqu'à la porte, restant toujours éloigné de son ex.

« Leigh ?

- Oui ?

- Félicitations.

- Hum. »

Il n'avait pas envie de sourire.

Il quitta l'endroit et retourna travailler. Bien sûr son chef était au courant et le félicita. Deux vendeurs entendirent la nouvelle et lui offrirent l'accolade. Et bientôt, tout le magasin apprit la bonne fortune de Leigh qui, aux dires de tout le monde, le méritait amplement même s'ils allaient leur manquer. Cela finit par lui faire oublier l'entrevue et il rit avec ses camarades, se laissant charrier par les uns, taquiner par les autres.

La journée passa vite et il regarda le parking avec angoisse. Resserrant sa prise sur la anse de son sac à dos, il prit une inspiration. Longue et lente. Sandy lui mettrait des baffes d'avoir accepté.

Il trouva Philippe dans une voiture, une routière grise immatriculée dans le 69. Est-ce que c'était sa voiture privée ? Qu'est-ce qu'il en avait à faire de toute façon.

Il prit place côté passager et regarda droit devant lui. Il y eut un moment de flottement avant que Leigh ne se décide à le briser.

« Je te préviens, je ne veux pas rentrer tard alors on mange et tu me ramènes. »

Philippe grogna mais accepta.

Vingt minutes plus tard, ils étaient assis sur le banc d'un parc, près d'une immense étendue d'eau. L'endroit était agréable et Leigh le connaissait, il lui arrivait d'y venir manger quand il faisait beau. Cela l'apaisa, enfin jusqu'à ce qu'il se rappelle pourquoi il était ici.

« Alors, c'est quoi ton excuse ? demanda-t-il avec une légère agressivité. »

Philippe desserra sa cravate et soupira lourdement avant de prendre son téléphone. Leigh le regarda faire, médusé.

« Putain, Philippe, tu veux qu'on parle et toi, tu regardes tes mails ? Putain, va te faire foutre ! »

Leigh se leva d'un bond et commença à marcher.

« Regarde. »

La voix de Philippe était calme, assurée. Le directeur lui tendait son téléphone. Leigh se tourna, les yeux noirs de colère. Il attrapa avec brusquerie l'appareil et jeta un œil rapide à la photo.

« Quoi, tu veux me montrer ta femme ? Tu crois pas que tu m'as fait assez mal ? Elle a dû se demander qui c'était le rouquin à ta porte !

- Leigh, regarde la photo. S'il te plaît. »

Le roux siffla méchamment avant de mieux étudier l'image. Le regard de son amant était sur lui et étudiait ses expressions. Ces dernières passèrent de la colère à la surprise, écarquillant ses yeux.

« Je te présente Auguste et Claudia. »

Leigh était blême. Ses mains tremblaient et Philippe se leva pour lui prendre le téléphone des mains avant qu'il ne le fasse tomber. La photo représentait Philippe en compagnie des deux personnes citées : la femme de la dernière fois, enlacée par un homme qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à son amant.

« Tu te fous de ma gueule ? murmura Leigh d'une voix serrée.

- Mon frère. Jumeau, Auguste, et sa femme Claudia. »

Leigh releva les yeux vers lui, toujours aussi surpris.

« Tu te fous de ma gueule ? répéta-t-il dans l'incompréhension la plus totale.

- J'ai un frère jumeau, Leigh, reprit Philippe avec un peu d'énervement. Nous vivons ensemble. Enfin pas vraiment mais nous habitons dans le même loft. L'homme que tu as vu ce soir-là, c'était lui. Claudia et Auguste fêtaient leur cinquième anniversaire de mariage et j'étais coincé au bureau. Ce qui m'arrangeait vu qu'ils avaient des envies que je ne veux pas connaître. »

Les yeux de Leigh commencèrent à lui piquer.

« C'était... ton frère jumeau.

- Oui.

- Auguste.

- Oui.

- Et sa femme. Pas la tienne.

- Tout à fait.

- Putain tu te fous de moi ? s'emporta le jeune homme en lui attrapa la chemise. Putain, pourquoi tu m'as jamais dit que t'avais un jumeau !?

- Je ne parle pas souvent de ma famille.

- Putain Philippe, tu te rends compte que... que...

- Oui, souffla le directeur en lui attrapant les mains. Je suis désolé, bébé.

- M'appelle pas comme ça. »

Leigh avait la voix nouée par l'émotion et quelques larmes coulèrent de ses joues. Il tira sur ses mains pour les reprendre mais Philippe le retint.

« Lâche-moi, grogna Leigh.

- Chéri...

- Je t'ai dit de pas m'appeler comme ça ! cria le jeune homme. »

Le brun le laissa se reculer et se gratta la nuque.

« J'ai merdé, Leigh, mais je ne veux pas te perdre.

- Fallait peut-être y réfléchir avant de ne pas me parler de ta famille ! Tu sais pas ce que j'ai ressenti quand ton frère a ouvert la porte, avec cette tenue SM, et que cette grognasse...

- Ma belle-soeur.

- M'en fous. J'ai cru que tu t'étais foutu de moi, que tout ce qu'on avait vécu n'avait été qu'un mensonge et que t'étais un hétéro refoulé qui trompait sa femme en visitant les petits culs de mecs que tu te lèves en soirée.

- Quel portrait flatteur.

- Ta gueule ! »

Leigh était décidément bien vulgaire mais Philippe ne le souligna pas. Cela devait lui faire du bien même si le directeur se sentait un peu vexé par l'image qu'il dessinait.

« Ramène-moi chez moi, j'ai besoin de réfléchir. »

L'homme soupira, secouant doucement la tête. Cela ne s'annonçait pas très bien pour lui mais au moins, il avait pu éclaircir le quiproquo. Et ce soir-là, quand il déposa Leigh chez lui, il eut quand même droit à un « Bonsoir ». Certes à peine soufflé mais au moins sans agressivité.

oOo

« Un frère jumeau ? s'étonna Sandy en buvant une gorgée de milk-shake.

- Ouais. Le même. La copie conforme.

- Sauf qu'il y en a un gay et l'autre hétéro. T'es sûr qu'il est marié ? Non parce que sinon, je prends, hein ? »

Leigh lança un regard noir à sa meilleure amie et cette dernière éclata de rire. Il lui avait tout raconté. Bien sûr, au début, elle n'avait pas bien pris l'histoire – surtout le fait qu'il ne lui ait rien dit avant – et avait même insulté le directeur mais à la fin du récit, elle s'était tue pour réfléchir.

« Bon et tu vas faire quoi ?

- Je sais pas.

- Tu vas déménager à Lyon et il vit là-bas. »

Leigh attrapa son verre et frissonna au goût acide qui coula dans sa bouche. Il sursauta légèrement quand Sandy posa sa main sur la sienne.

« Leigh, mon chou, commença la jeune femme avec douceur. Ce mec, c'est l'homme de ta vie. Tu l'aimes et pas qu'un peu. Tu l'as dans la peau depuis cette première nuit chez Duval.

- Sandy...

- Non, écoute-moi. Tu vas partir pour Lyon, tu vas avoir une nouvelle vie, un nouveau poste et je m'inquiète pour toi.

- Mais non, ça ira.

- Non. Parce que t'as besoin qu'on s'occupe de toi.

- C'est pas vrai, dit Leigh avec une moue vexée.

- Hé mon beau, je te connais comme si je t'avais fait, se moqua la jeune femme. Je veux que tu appelles Philippe.

- Non.

- Tu vas appeler Philippe, tu vas passer le week-end avec lui. Baiser si vous voulez et...

- Putain Sandy ! s'offusqua Leigh rouge de honte.

- Quoi ? Ca va faire presque un mois que t'as rien fait alors ne va pas me dire que ton mec te manque pas sur ce point ?

- C'est plus mon mec.

- Si. Sinon tu réagirais pas comme ça. Donc tu vas passer du temps avec lui, rencontrer son frère et sa belle-sœur. Et tu vas retrouver ton sourire, vivre heureux, faire plein de faux bébés et tout.

- Tu sais que des fois, je te déteste ?

- Je le sais mais si je n'étais pas là, tu serais au fond de ton lit à te morfondre.

- Et s'il veut qu'on vive ensemble ?

- T'en as envie ?

- Oui. Enfin pas maintenant. Enfin je sais pas...

- Alors parle avec lui. Au pire, tu peux vivre chez lui le temps de te trouver un appartement et vous verrez par la suite ? Avec un peu de chance, ton mec est un vrai cordon-bleu en plus d'être un dieu du sexe et tu resteras avec lui. Hé ! »

La jeune femme gémit alors que Leigh venait de lui mettre un léger coup sur le bras en signe de mécontentement. Mais il devait avouer que, quelque part au fond de lui, il se sentait bien. Discuter avec Sandy était toujours agréable et l'aider à y voir plus clair. Alors il la prit dans ses bras et la serra fort.

« Tu vas me manquer, murmura-t-il avec douceur.

- Toi aussi mais je te préviens, tu as intérêt à avoir une chambre avec salle de bain jacousi pour m'accueillir parce que je compte bien taper l'incruste chez vous !

- Promis. »

Ils passèrent le reste de la journée ensemble. Le week-end allait arriver vite et avec lui, Noël. Il le passerait avec ses parents avant de partir pour Lyon le lendemain.

Pour le moment, il travaillait encore pour Paris et les équipes étaient demandées de partout. Il était sur tous les fronts et il sentait que son déménagement futur allait prendre ses dernières forces.

Par chance, un de ses collègues de travail venait de se faire larguer par sa copine et avait besoin d'un appartement. Cela évitait donc à Leigh de perdre un mois de loyer. Il avait donc rapatrier toutes ses affaires chez ses parents – encore une charge de fatigue – et n'avait que le strict minimum dans la valise qu'il amènerait à Lyon pour la première semaine. Sa famille et Sandy apporteraient le reste une fois qu'il serait installé.

Il passa donc un Noël au calme dans la demeure familiale. Son père avait même réussi à le féliciter pour sa mutation et en semblait content pour lui. Cela le toucha bien plus que les cadeaux qu'il reçut.

Philippe lui avait envoyé un texto aussi pour lui souhaiter un bon Noël. Il n'avait pas su s'il devait répondre ni quoi mettre dans le mot mais il l'avait finalement fait, juste avant de se coucher. Et quelque part, cela lui avait ôté un poids. Pas la totalité, il lui en voulait encore mais, avec de la chance, tout irait bien mieux.

oOo

Il arriva à Lyon Part Dieu sur les coups des vingt heures trente. La neige recouvrait le bitume alors qu'il cherchait Philippe du regard. Ce dernier courrait vers lui, le col de son manteau remonté pour le protéger du froid.

« Leigh ! »

Le jeune homme essaya de ne pas sourire mais, contre toute attente, une expression joyeuse se dessina sur son visage.

« Bonsoir.

- Salut ! Viens, je suis garé à côté. »

Philippe attrapa sa valise et avança mais se stoppa au bout de quelques pas pour se tourner vers le garçon.

« Leigh ?

- Je suis mort de trouille.

- Tout ira bien, promit le directeur en revenant vers lui. On va prendre notre temps, d'accord, comme au début. J'ai beaucoup à me faire pardonner.

- Ça...

- Je t'aime, bébé, mon joli cœur. »

Leigh rougit à ces paroles. Il adorait quand Philippe l'appeler « Joli cœur ». Une main gantée se glissa sur sa joue et releva son visage. Les doigts couverts caressèrent ses lèvres.

« Allez, viens. »

Il hocha la tête et suivit son homme.

Le trajet jusqu'à chez Philippe se passa dans le silence seulement entrecoupé par la musique de la radio. Leigh ne savait pas quoi dire en fait et le directeur était dans le même état.

Finalement, ce dernier gara la voiture dans l'un des deux garages de la résidence et lui indiqua l'ascenseur sur la droite.

« C'est une ancienne usine qui a été retapé par un gros promoteur, annonça Philippe. Il y a deux lots mais notre voisin, un Suédois, n'est pas souvent là.

- Tu vis donc avec ton frère ?

- Oui, rit Philippe en sortant ses clefs. Mais tu verras, on a chacun notre chez nous. En fait, le loft est tellement grand qu'il y a deux appartements dedans avec une immense salle commune composé d'un salon-salle à manger et d'une cuisine.

- Ah. »

Leigh se sentait tout petit. Il ne pensait pas que son amant – ex amant ? Nouvel amant ? - gagnait autant.

Philippe glissa la clef dans la fente et ouvrit la porte. Il laissa son jeune ami passer le premier et referma derrière eux. Il était presque vingt-et-une heure mais ça sentait bon.

« Ah ! Vous voilà ! »

Leigh se figea quand la jeune femme de la dernière fois apparut. Elle se dirigea vers lui pour l'embraser. Malgré un ton enjoué, elle semblait gêné.

« Leigh, bienvenue, dit-elle en l'invitant. Je suis vraiment gênée pour la dernière fois. Je... »

Elle rougit vivement et s'éventa avant de rire.

« Leigh, je te présente Claudia, mon adorable belle-soeur.

- Enchanté. »

Ils tournèrent la tête vers des bruits de pas dans l'escalier sur la gauche. C'était le frère de Philippe.

« Et voici Auguste.

- Bonsoir.

- Bonsoir, répondit l'intéressé. Je suis désolé pour le quiproquo... Enfin il faut dire que si cet imbécile t'avait prévenu aussi !

- Hé. C'est bon.

- Merde quand même... je lui ai ouvert la porte avec une tenue de cuir ! Le parfait kit du sadomasochiste !

- Tu n'es pas obligé de détailler...

- Ça m'apprendra à t'écouter, toi et tes idées à la con, grogna Auguste.

- Il faut dire que tu es le spécialiste de ce genre de pratique, se moqua Claudia.

- Ça va ? Vous avez fini ?

- On ne fait que commencer. »

Auguste attrapa son frère par le cou et le tira contre lui pour lui frotter les cheveux.

Leigh restait silencieux tout en observant les deux hommes. Leur échange laissait sous-entendre que le couple était au courant des penchants de Philippe. Savaient-ils aussi qu'ils s'étaient rencontrés dans un endroit comme ça ? Une orgie dans un appartement parisien ? Il sentit ses joues devenir rouge de honte.

Il essaya de ne pas penser à ça et tenta de trouver comment dissocier les jumeaux. Ils se ressemblaient vraiment beaucoup. Ça allait être la galère... Il sursauta légèrement quand Claudia l'attrapa par le bras pour le tirer dans le salon.

« Ne t'inquiète pas, j'ai eu du mal aussi avec les deux mais tu verras qu'ils ont quand même des différences notables.

- Je n'en vois pas pour le moment.

- Auguste a le nez un peu plus rond que son frère et il est plus costaud.

- Qui est le plus costaud ?

- Toi, se moqua Philippe en les suivant. Tu es le plus gros de nous deux.

- Elle a dit « costaud ».

- C'est un gentil mot pour ne pas dire « gros ».

- Bon, les enfants, ça suffit, vous effrayez notre invité ! »

Leigh ne se sentait pas vraiment à son aise. Il ne savait pas ce que c'était que d'avoir des frères et sœurs. Et chez lui, on ne se parlait pas comme ça. Et il n'avait jamais vu le directeur aussi décontracté.

« Philippe, je te laisse l'installer et on mange.

- Oui, maman ! »

Le directeur tira la valise de son amant et l'invita à prendre les escaliers de droite. En haut, il y avait un petit palier et une porte. Il l'ouvrit sur une immense surface. Il avait fait le choix de ne pas mettre de cloison, tout était ouvert. Ou presque.

La chambre était surélevée de deux marches et entourée de panneaux coulissants qui laissaient passer la lumière. Juste au-dessus du lit s'élevaient d'immenses fenêtre donnant sur le Rhône. Il y avait un dressing immense sur un des bords de la chambre.

En face, le salon avec son grand canapé d'angle d'un brun taupe avec sa table basse. La salle de bain était harmonieusement cachée derrière des panneaux coulissants, une douche à l'italienne et une baignoire énorme. Puis une petite cuisine à l'américaine dans un des angles. Dans un autre, le bureau de Philippe avec des bibliothèques.

« C'est... grand.

- Et lumineux, tu verras demain matin. Ça te plaît ? »

Leigh avait l'air de détoné. Comme un torchon au milieu de jolies serviettes blanches.

Il découvrit que le canapé avait été défait pour avoir un lit.

« Je ne savais pas si tu voudrais dormir avec moi, se défendit Philippe. »

L'attention le toucha. Après tout, ils s'étaient disputés et Leigh avait même pensé à se séparer de lui.

« On-On verra.

- Je t'ai fait de la place, indiqua le directeur en ouvrant un pan du dressing. Installe-toi comme tu veux.

- D'accord.

- Allez, pose tout ça et on va manger. Claudia a préparé un délicieux repas. »

Avec naturel, il tendit la main vers Leigh avant de la baisser. Il ne fallait pas aller trop vite. Pourtant, Leigh lui fit ce plaisir et glissa ses doigts entre ceux du directeur. Ce dernier se sentit plus léger.

Ils descendirent et la soirée commença. Légère et agréable, plus que ne l'aurait pensé Leigh après la rencontre... déplacée de la fois d'avant. Leigh apprit que c'était devenu une blague entre les deux frères malgré la situation houleuse.

Ainsi, ce soir-là, Leigh fit connaissance avec sa belle-famille. Si Claudia travaillait comme assistante de direction dans un gros groupe régional, Auguste possédait deux pâtisseries de renom. Il était un grand chef joliment décoré, notamment par le grand concours de « Meilleur ouvrier de France ». Leigh ne put s'empêcher de rire en se rappelant la tête d'un des chefs dans une émission culinaire très connue mais quand il goûta au dessert... il faillit se mettre à genoux devant son beau-frère pour en avoir plus. Au grand dam de Philippe.

Un large sourire dessinait ses lèvres alors qu'il remontait le drap sur lui.

Il était allongé dans le lit du canapé et fixait le plafond. Il se sentait bien. Enfin presque. Il tourna la tête et vit Philippe à travers les panneaux. Il lui manquait. Le lit était vide et froid sans lui. Pourtant, il avait encore mal mais est-ce que l'absence n'était pas la pire ?

Le directeur éteignit la lampe et plongea l'appartement dans une semi-obscurité. Leigh resta un long moment à se tourner et se retourner avant de finalement se lever. Avec légèreté, il marcha jusqu'au lit et se glissa discrètement sous les couvertures. Il tourna la tête vers Philippe et ce dernier ouvrit les yeux pour le fixer.

Leigh se rapprocha lentement de lui. Il pouvait sentir sa chaleur le réchauffer. Il lui manquait tellement...

Il leva la tête et approcha son visage de celui de son amant qui ne bougea pas d'un cil, le regard figé sur lui. Leigh l'embrassa. Un baiser bruyant. Il se recula et le fixa avec intensité. Puis il recommença mais appuya davantage ses lèvres.

Le jeune homme sentait l'excitation mêlée à la timidité l'envahir. Pourtant, il osa poser les mains sur les épaules de son partenaire alors que leur baiser se faisait plus langoureux.

Philippe se tourna vers lui et l'attrapa, le pressant contre lui, une main dans le creux de son dos et l'autre sur sa nuque. Leigh gémit et enroula ses bras autour de son cou.

Ils se gorgeaient de baisers et des gémissements de l'autre. Leurs lèvres se dévoraient avec délice et impatience et leurs corps se pressaient l'un contre l'autre, épousant parfaitement leurs courbes. Et même s'il se sentait essoufflé, Leigh ne se détacha pas une seule fois. Il était bien là et il avait juste envie d'être contre son amant, sentir ses mains et ses lèvres parcourir son corps.

Tout n'était pas pardonné mais c'était en bonne voie. C'était une nouvelle vie pour lui. Dans quelques jours, il commencerait à Carré de Soie et, même si la fatigue lui risquait de lui tomber dessus, il rentrerait à la maison retrouver son homme. Il prendrait soin de lui, lui ferait l'amour et le rendrait heureux. C'était peut-être fleur bleue mais c'était tout ce qui comptait, pensa-t-il en lâchant un gémissement alors que Philippe faisait cette chose magique avec sa langue sur le haut de son membre.

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